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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 08:01

dormessonRécit de la naissance, de l’apothéose, puis de l’effacement d’une grande famille d’aristocrates français, à travers une galerie de personnages à la fois grandioses et émouvants, la famille de Plessis-Vaudreuil.

 

Des débuts mythiques au Moyen-Age, jusqu’à la disparition de la famille dans les derniers soubresauts du XXème siècle, Jean d’Ormesson nous conte l’histoire des siens à l’ombre de leur devise « Au plaisir de Dieu » : d’abord les hauts faits historiques à l’origine du renom de la famille, racontés avec humour et un solide sens de l’auto-dérision. Puis les grands commis de l’Etat, les cardinaux, les maréchaux. Puis le temps de l’exil intérieur avec l’abolition de la monarchie, l’avènement des temps républicains. Et enfin, la décadence, l’appauvrissement, les déchirures, avec le XXème siècle, ses guerres mais aussi ses mutations sociales vécues dans l’incompréhension par les derniers représentants de cet ordre ancien. La famille disparaît alors, faute d’argent, faute de sens aussi. Dieu nous aurait-il trahis ?

 

Pour le ton léger et poétique, pour la très belle langue, pour l’humour, pour la nostalgie qui s’en dégage, les romans de Jean d’Ormesson me ravissent. Ici s’ajoutent la précision de la reconstitution historique et l’émotion qu’il parvient à nous transmettre. 

 

La construction du roman est originale, chaque époque reprend vie sous nos yeux à travers un ou deux personnages emblématiques de la famille; riche héritière allemande, grand-père vénérable, prêtre défroqué, étoile filante hollywoodienne, etc. Mais le personnage principal du roman, c’est le château. Le château de Plessis-lez-Vaudreuil, le roc inexpugnable, le symbole que chacun porte dans sa chair, où tous sont nés et morts, et dont la vente au rabais à l’orée des années 60 signe l’arrêt de mort de la famille.

 

**

 

dormessondvdCe roman fleuve a été remarquablement adapté en feuilleton télévisé en 1977 par Robert Mazoyer. Six épisodes de 90 minutes.

 

Contrairement au roman, organisé de façon thématique avec des coups de projecteur sur telle ou telle période illustrant un thème particulier, la série fait le choix du récit chronologique linéaire, choix compréhensible pour permettre de condenser l’histoire tout en conservant la cohérence. Ceci excepté, la fidélité au roman est exemplaire.

 

On démarre donc au début du XXème siècle, 1906, en pleine querelle des inventaires. Ce choix me paraît judicieux car c’est la période la plus intéressante, celle où tout bascule, où ce qui a toujours fonctionné jusque là va se gripper. La Belle Epoque est joliment restituée, puis les années 30, le dadaïsme et la folie financière, la montée du nazisme, la guerre, les camps, la Résistance, puis l’après-guerre, où le délitement familial s’accélère.

 

Si certaines interprétations ont beaucoup vieilli - acteurs très théâtraux parfois mal à l’aise devant la caméra - le personnage principal, le grand-père Sosthène, est incarné brillamment par Jacques Dumesnil. L’autre personnage principal est incarné par le château de Saint-Fargeau, retenu pour le cadre de la reconstitution.

 

chateausaintfargeau

 

Là aussi un très bon choix, qui permet de beaux plans en extérieur, assez évocateurs, comme la coupe des arbres par exemple, un cérémonial qui revient périodiquement à la même saison (c’est un des revenus principaux du domaine), coupe dont le rythme s’accélère insidieusement au fil des épisodes, et dont on comprend qu’elle symbolise la disparition prochaine de la famille, quand il n’y aura plus d’arbres à couper… En dépit des contraintes du genre télévisé, ce film rend bien le sentiment de lenteur et d’inexorabilité du temps qui passe et le confronte au bouillonnement du siècle des excès auquel la famille, une partie tout au moins, reste totalement sourde.

 

sosthène.dormesson

 

Je pourrais vous en parler longtemps, aussi bien du roman que du téléfilm (sachant que j’ai découvert le second en premier et que j’ai relu et visionné chacun une bonne dizaine de fois). Des deux côtés, de la belle ouvrage, chacune rehaussant l’autre. Un bon exemple de partenariat réussi entre la littérature et la télévision.

 

Au plaisir de Dieu, Jean d’Ormesson, Folio Gallimard 2008, (1974 pour la 1ère édition) 607 pages.

 

Au plaisir de Dieu, réalisation de Robert Mazoyer, 1977 pour la 1ère diffusion, coffret 4 DVD, 2006. (de ce Robert Mazoyer, vous connaissez peut-être l’adaptation des « Gens de Mogador », une autre saga familiale grandiose, dont je vous parlerai un jour…)

 

Avec ceci s’ouvre ma modeste participation au challenge « Lunettes noires sur pages blanches », et je remercie une fois de plus Fashion pour ses trouvailles challengiques toujours passionnantes !

 

challenge cinoche

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commentaires

jmespe 09/04/2014 20:49

bonjour
je viens de tomber sur votre site en cherchant " au plaisir de dieu"
Car je suis en train de la regardé (j'en ai acheté les DVD sur leboncoin!) et j'ai fait un petit billet sur mon blog:

http://jmespe.blogspot.com/2014/03/au-plaisir-de-dieu.html

En parcourant votre site, je constate que nous avons a peu près les mêmes gouts:
vous avez des billets sur blake et mortimer
et je suis en train de lire "alix de j martin" après avoir lu "lefranc" qui devrait vous plaire

cordialement

Eeguab 30/05/2013 19:34

Très fan de la plume d'Ormesson,moi aussi.

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