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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 18:08

barnaby1Vous connaissez « Inspecteur Barnaby » ? La fameuse série policière du dimanche soir sur France 3? Une série où vous découvrez que dans de paisibles villages anglais, on tue et on massacre avec les méthodes les plus originales ? Où de charmantes petites vieilles dames se révèlent des empoisonneuses hors pair, où d’innocents vicaires jouent aux exorcistes du samedi soir ? Où l’on se massacre à la tronçonneuse pour remporter le prochain concours de la plus belle orchidée ? Le tout dans un cadre toujours bucolique et champêtre…

 

J’étais une inconditionnelle de la série télévisée, point d’orgue traditionnel de mes week-ends. Et voilà que dans mon innocence, je viens seulement de découvrir que cette série est adaptée de romans policiers célèbres outre-Manche, de la non-moins célèbre Caroline Graham. Dès lors que la série n’était plus diffusée en France, il me paraissait urgent de m’y mettre. J’ai attaqué le premier tome, un peu inquiète à l’idée d’être déçue, tant les personnages et l’ambiance de la série m’étaient chers.

 

Et bien je suis conquise !

 

J’ai retrouvé tout ce qui fait le charme de ces polars, avec en prime des éléments nouveaux qui ne gâchent rien, bien au contraire. Une transition si heureuse du livre à l’écran est suffisamment rare pour être signalée.

 

Dans ce premier polar, une vieille dame de 85 ans est retrouvée morte chez elle, vraisemblablement d’un arrêt cardiaque. Vu l’âge vénérable de l’intéressée, cette mort semble des plus naturelles, aussi aucune enquête n’est-elle diligentée. Mais sa meilleure amie, autre respectable vieille dame, trouve qu’il y a dans ce décès quelque chose de suspect (une orchidée est encore au cœur de cette affaire, voyez-vous !), et remue ciel et terre jusqu’à ce qu’elle parvienne à convaincre l’inspecteur Tom Barnaby de mettre son nez dans tout ça. Et bien lui en prend car rapidement, c’est un sordide empoisonnement qui s’avère à l’origine de la mort. L’enquête met alors au jour de sombres histoires de stupre et de débauche à peine imaginables dans un coin de pays si calme. Décidément, il s’en passe derrière les rideaux de dentelles des cottages britanniques !

 

J’ai apprécié le personnage de Barnaby qui a forcément plus de chair dans le roman. On nous donne plus de détails sur sa famille, sa fille Cully et sa femme Joyce. Sa personnalité se révèle plus complexe, plus tourmentée que celle du quinquagénaire bonhomme de la série. Troy est plus esquissé, son tempérament m’a moins plu, mais le duo fonctionne bien. Quand au cadre, il demeure le principal charme de cette série : nous visitons de vieux manoirs feutrés, plein de beaux meubles et de domestiques silencieux, de coquets cottages, des bois mystérieux.

 

Enfin, la lecture en VO permet de savourer quelques bons jeux de mots et tournures très drôles, tout en restant accessible pour quelqu’un de non bilingue comme moi (sauf pour les poisons tels que la ciguë, où là un petit coup d’œil au dictionnaire n’est pas de trop…).

 

The Killings at Badger’s Drift, Caroline Graham, Headline Book Publishing, 1989, 264 pages.

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 23:50

pg wodhouse3Je vais vous parler aujourd’hui de ma découverte de l’automne dernier (oui, je sais, on est en mars, passons). J’ai nommé la série Jeeves. Une série écrite par l’écrivain britannique P.G. Wodehouse pendant plus de 50 ans, entre 1917 et 1974, hyper connue outre-Manche (c’était l’auteur favori de la Queen Mum, excusez du peu !). Elle expose, dans de courts récits, les tribulations loufoques d’un lord et de son fidèle majordome, le fameux Jeeves, le véritable héros.  

 

Le narrateur, Bertram Wooster, est un jeune dandy, fat, élégant, fortuné, oisif. Surtout oisif. Il a de l’argent, des domestiques, de belles maisons, un bel appartement à Londres, de beaux costumes, une belle voiture de luxe, bref une vie de galérien, n’est-ce pas ? On le plaindrait le pauvre. Et de fait, ce pauvre Wooster est bien à plaindre. Sa vie va de catastrophes en cataclysmes. Son penchant pour l’alcool y est pour beaucoup, ainsi qu’une légère tendance à fuir les responsabilités les plus élémentaires.

Mais Wooster a une bonne secrète, une arme fatale ; Jeeves, son majordome. Discret, stylé, prodigieusement intelligent, dévoué à son maître, Jeeves met tout sa subtilité au service de ce brave Wooster pour le tirer du pétrin où il se fourre avec une régularité qui force l'admiration. Une chance pour lui. D’ailleurs, tout le monde cherche à lui piquer cet excellent serviteur, ce qui constitue le terreau de plusieurs intrigues dont Wooster se sort haut la main.

 

Dans un décor so british, fait de clubs londoniens et de manoirs à la campagne, ce duo pittoresque déambule entouré d'une galerie de personnages burlesques. Les femmes sont pétillantes et vives, ou alors exaspérantes et stupides. Les hommes falots, indolents, oisifs, mais aussi sanguins, emportés, vains. Des artistes fauchés fils-à-papa, des banquiers rubiconds, des oies blanches nunuches, de vieilles tantes excentriques… Bref, une série d’êtres loufoques et caricaturaux, qui constitue une dénonciation souriante de la bonne société. L’imperturbable butler évolue avec flegme au milieu de cette ménagerie humaine, et de ce contraste naît un effet comique récurrent, et réjouissant!

 

Je ne sais plus trop comment cette série est venue à mes oreilles, par les blogs très certainement. Quoi qu’il en soit, j’ai démarré par deux exemplaires en VO, dénichés au hasard dans une petite librairie à Gibraltar :

 

 

  Jeevesanglais1    jeeves anglais2

tout un programme, n'est-ce pas? 

 

 

Et comme ça me plaisait décidément beaucoup, j’ai attaqué la version française. Les éditions Omnibus ont publié l’intégrale en trois tomes, je me suis offert le deuxième (pourquoi le 2ème, ne me demandez pas, c’est comme ça).

 

 

 Jeevesfrançais

peut-être parce qu'il est rose... 

 

 

Au fond, c'est un véritable "doudou" que cette série. Quand le moral est dans les chaussettes, quand on n’a pas envie de s’investir dans une histoire trop pesante, quand on cherche un livre-doudou, il faut ouvrir un Jeeves. Il n’arrive jamais rien de grave dans les Jeeves, toutes les histoires finissent toujours bien. Légèreté, frivolité, cocasse, ce condensé d'englishness et d'humour britannique se déguste comme des petits scones tièdes avec du thé, et vous redonne la pêche en un rien de temps.  

 

En anglais, la série est tordante. La langue, pleine d’euphémisme et d'understatement se prête parfaitement au genre. Mais il faut être honnête, la version française n’est pas mal non plus. 

 

Je me suis donc régalée, au point que je ne compte pas en rester là. La prochaine étape sera la découverte de l’adaptation télévisée, car nos amis britanniques ont eu la merveilleuse idée d’en faire une série TV, avec pour incarner Wooster le fameux Hugh Laurie (vous savez, Dr. House) et le un peu moins fameux mais que j’adore Stephen Fry. Voici donc l’objet de ma quête désormais :

 

jeevesDVD

aahh, voilà qui fait rêver, non? 

 

  

Jeeves est une célébrité au point qu'on trouve même sur internet un moteur de recherche anglo-saxon dénommé "Ask Jeeves", quelle consécration! Pour poursuivre la découverte, sachez qu’il existe un site consacré à l’écrivain PG Wodehouse. Et parce que vous ne reculez devant rien, vous pouvez également adhérer à la PG Wodehouse society, qui se charge de promouvoir cet auteur, à travers notamment un magazine « Wooster sauce » le bien-nommé! Qu'attendez-vous?

 

j-w-portrait-jeeves-and-wooster-461

 

 

Ici aussi on aime Jeeves: Neph, Papillon, Georges Flipo, Karine, Tamara, Lou, ...

 

Carry On, Jeeves ! , PG Wodehouse, Ed. Arrow books, 2008 (première édition 1925), 274 pages.

Right Ho, Jeeves!, PG Woudehouse, Ed. Arrow books, 2008 (première édition 1934), 290 pages.

 

En français:

Au secours, Jeeves!, (tome 2) P.G. Wodehouse, Ed. Omnibus, janvier 2009, 855 pages.

 

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 08:03

leboucemissairePar un soir de pluie au Mans, un homme seul traîne sa lassitude de vivre, quand soudainement, au café de la gare, il rencontre son sosie. Sosie exact, troublant, une ressemblance à couper le souffle. Saisis, les deux hommes entament la conversation, font connaissance. L’un (John) est anglais, professeur d’histoire, en vacances désœuvrées en France, seul et dépressif. L’autre (Jean de Gué) est un aristocrate de province, brillant, élégant et désinvolte, pourvu de nombreuses relations et d’une accablante famille. Tout pourrait ressembler à une heureuse rencontre entre deux êtres que tout sépare ; ils parlent, rient, boivent, jusqu’au moment où une idée perverse naît dans l’esprit du jeune comte. Devenu prisonnier d’une identité usurpée, John parviendra-t-il à sortir du piège infernal où il est tombé ?

 

Ce fut une bien jolie découverte que ce roman de Daphné du Maurier. J’avais lu les plus connus (Ma cousine Rachel, Rebecca, l’Auberge de la Jamaïque), je n’avais jamais entendu parler de celui-là, découvert par hasard au Salon du Livre l’an dernier.

 

On retrouve l’ambiance étouffante propre à cet auteur, le suspense, la peur, les secrets progressivement dévoilés, la montée de la tension jusqu’au dénouement. Ce livre aurait sans doute fait un excellent film d’Hitchcock (qui a adapté de nombreux romans de Daphné du Maurier). Quant au cadre, il sert l’ambiance, comme souvent dans ces romans; un château brumeux dans la Sarthe, un parc fantomatique, où évoluent des personnages chargés de secrets, des haines recuites inexplicables, le tout donne un huis-clos familial poignant.

 

La bonne idée de cette intrigue réside dans le fait de parachuter John au sein d’une famille dont il ne sait rien, mais où il est forcé de jouer la comédie, car tout le monde le prend pour l’autre. De ce fait, le lecteur s’identifie immédiatement à lui, ses interrogations sont les nôtres, ses doutes, ses gaffes aussi. Et de bévues en bévues, c’est l’ensemble du drame familial qui nous est révélé par petites touches, un procédé très habile.

 

A lire quand vous avez le moral car c’est un livre plutôt spooky, mais aussi ensorcelant jusqu’à la dernière page, et c’est son grand charme.

 

Le Bouc émissaire, Daphné du Maurier, Editions Phébus, coll. Libretto, 1998 (édition originale 1957), 375 pages.

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 09:20

austen.P&PDans l’Angleterre du début du XIXème siècle, le principal souci d’une jeune fille de la bonne société est  - ou tout au moins doit être - de trouver un parti convenable. Si elle ne s’en préoccupe pas elle-même, sa mère se charge d’y pourvoir. Mrs Bennet sait de quoi il s’agit, elle qui se trouve affligée de pas moins de cinq filles à marier. Si l’aînée, Jane, est une beauté reconnue, dont le charme n’a d’ailleurs pas échappé au plus avantageux gentilhomme du coin, la cadette Elisabeth promet de donner bien des soucis à sa mère. Vive, intelligente, Elisabeth souhaite avant tout se marier par inclination, une bizarrerie à cette époque. Elle n’entend pas se laisser impressionner par de riches gentlemen tels que Mr Darcy, dont l’arrogance et le mépris de classe trouveront en Elisabeth un adversaire à leur taille. Mais est-il vraiment l’homme qu’elle croit ?

 

Un roman lu au moins 20 fois (j’exagère à peine), et toujours en anglais, pour la langue si particulière de l’auteur. Un ravissement à chaque fois. Chaque lecture procure de nouvelles découvertes ; des trouvailles de style, des répliques pleines d’humour, des personnages secondaires auxquels on n’avait pas prêté suffisamment attention la première fois etc., je ne m’en lasse jamais. Combien de romans parviennent ainsi à captiver l’attention même après des relectures multiples ?

 

Le style de Jane Austen, c’est une petite musique qui vous cueille dès les premières pages. Un anglais un peu suranné, un peu vieilli, mais avec lequel on se familiarise très vite à tel point qu’on n’en perçoit même plus la singularité au bout de quelques chapitres, pour ne retenir que le rythme et l’équilibre parfait de chaque phrase.

 

Les romans de Jane Austen, ce sont aussi des histoires universelles, des personnages forts auxquels on s’identifie naturellement et ce en dépit du contexte historique pourtant si éloigné du nôtre. « The DNA of every romantic comedy » proclame la critique sur la couverture. Et c’est vrai.

 

Pour information, ce roman m’avait été offert dans le cadre du “Portrait of a Lady swap” de l’an dernier.

   

Pride and Prejudice, Jane Austen, Pocket Pinguin Classics, 2006.

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 07:55

complotdesjanissairesNous sommes à Istanbul en 1836. Hachim est un eunuque au service du sultan Mahmud II, plus précisément rattaché aux services secrets de la cour. Une jeune femme du harem est assassinée, des officiers sont retrouvés morts dans d’étranges circonstances. Complot militaire ou révolution de palais, le trône est en danger et sur lui plane la menace d’une vengeance des janissaires, ces soldats d’élites qui s’étaient révoltés avant d’être froidement massacrés par le sultan au début de son règne. Des bas-fonds d’Istanbul aux recoins du harem, en passant par les ambassades des puissances étrangères, Hachim enquête.

 

Ce roman policier historique m’a emballée. Au-delà de la trame policière bien ficelée, c’est une plongée authentique et très réussie dans l’Istanbul du début du XIXème qui nous est proposée. Plongée très documentée et colorée, ce qui rend le roman un peu touffu, il faut le reconnaître. L’intrigue en est parfois difficile à suivre, sans compter que la fin déboule un peu rapidement, avec plusieurs coups de théâtre spectaculaires en quelques pages, ce qui ne simplifie pas les choses.

 

Mais n’empêche, j’ai été séduite par la reconstitution historique minutieuse qui recrée l’ambiance de l’empire ottoman déclinant, son art de vivre, son raffinement, mais avec une bonne dose de réalisme et de lucidité. On est loin des clichés habituels sur l’Orient mystérieux. A cette époque, l'Empire hésite entre tradition et modernité, entre Orient et Occident, et c'est d'ailleurs ce clivage qui nous donne la clé de l'énigme. La gastronomie n’est pas en reste (un aspect que j’apprécie particulièrement, vous le savez) ; entre deux courses-poursuites dans le dédale de la ville, Hachim mitonne quelques petits plats fameux, se balade le long des étals du marché, ce qui donne lieu à de savoureuses descriptions !

 

Une découverte que je prolongerai probablement avec les autres épisodes de la série, car l’eunuque Hachim est un personnage récurrent, héros de plusieurs autres enquêtes policières du même auteur.

 

Le complot des janissaires, Jason Goodwin, éditions 10/18, 2008, 371 pages.

  

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 08:00

pdjamesLe commissaire Adam Dalgliesh est invité par un ami à passer quelques jours à Toynton Manor, une résidence pour handicapés dans le Dorset. Cet ami est l'aumonier de l'institution et souhaite consulter son camarade policier sur une affaire préoccupante. Mais quand Dalgliesh arrive, l'aumonier est décédé. Rapidement, le commissaire se doute que son ami n'est pas mort d'une simple crise cardiaque. Toynton Manor, derrière ses apparences paisibles de manoir anglais assoupi sur ses falaises, cache bien des turpitudes.

 

Je ne connaissais pas P.D. James. (oui, je sais, j'avoue, ça peut paraître incroyable, j'ai une capacité stupéfiante à passer à côté de grands auteurs pendant des années). Mais voilà un mal réparé. Ce premier essai est plus que concluant, je suis séduite.

 

C'est un roman à atmosphère, et ça j'adore. Toynton Manor est une austère batisse fichée à l'extrémité d'une falaise découpée, aride, battue par les vents et affronte la mer déchaînée les jours de tempêtes. Résidence pour handicapés ou repaire de dangereux psychopathes, tout est caché derrière de pimpants géraniums et des allées bien taillées où de sémillantes infirmières poussent des fauteuils roulants grinçants sous le pâle soleil du Dorset. Vous voyez l'idée?

 

J'ai aimé le déroulement de l'intrigue, même si elle met du temps à démarrer. P.D. James prend son temps pour installer le décor, décrire, rendre l'atmosphère palpable. Et là où avec d'autres on s'ennuierait vite, on aime prendre son temps avec P.D. James, tant on s'aperçoit par la suite que chaque détail énoncé au début prend sa véritable signification lors du dénouement. C'est ainsi qu'elle nous piège, par des scènes d'exposition apparemment innofensives, mais qui recèlent en fait le noeud de l'intrigue, l'indice déterminant, et qui font qu'à la fin on s'exclame "Bon sang mais c'est bien sûr!" en se frappant le front...

 

En conclusion, un très bon moment de lecture avec cet auteur que je ne manquerai pas d'approfondir à l'avenir. J'ai justement  Un certain goût pour la mort qui m'attend dans mes étagères...

 

Meurtre dans un fauteuil, P.D. James, Ed. Le livre de Poche, 1990, 377 pages.

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 08:00

rushdieMystère à la cour du grand Moghol, aux Indes. Qui est ce visiteur étranger blond, détenteur d'étranges pouvoirs, au nom indéchiffrable? Qui est-il, quel secret cache-t-il dans les plis de son manteau? Serait-il le fils d'une princesse oubliée?

 

Ce micro-résumé doit peut-être vous le laisser deviner, L’Enchanteresse de Florence est un roman que j’ai abandonné, excédée, au bout d’une centaine de pages, et encore, les vingt dernières furent uniquement un sacrifice pour arriver à un chiffre rond... C’est assez rare pour moi. Mais j’ai vite eu le sentiment d’être balladée dans un Orient de carton-pâte bourré de clichés (occidentaux) et d’idées toutes faites sur l’Orient mystérieux, voluptueux, le tout dans une langue tarabiscotée et ampoulée  (mais peut-être ce dernier point est-il à mettre sur le compte de la traduction).

 

La magie et le surnaturel sont omniprésents, et voisinent bizarrement avec de longues digressions historico-mythologiques. Au total, on oscille entre roman ésotérique et roman historique, le résultat est une pâle copie d’Umberto Eco. Qui plus est, le narrateur s’autorise ça et là des leçons de morales rebattues (sagesse orientale contre matérialisme occidental) qui, outre que c’est agaçant, tombent comme un cheveu sur la soupe à ce stade puisqu’on est au début du roman et qu’on souhaiterait s’intéresser aux personnages et à l’intrigue.

 

Sur les premiers, rien ne nous est dit (forcément, ils doivent rester « mystérieux »), sauf la description du moindre bouton de leur turban. Quant à l’intrigue, noyée sous des descriptions alambiquées qui se veulent poétiques, elle met un temps fou à démarrer, au point qu’à l’endroit où je me suis arrêtée, on ne sait toujours pas qui est le personnage principal, pourquoi il est là, et quand aura lieu un début de péripétie le concernant. En revanche, on nous répète pour la dixième fois qu’il a l’air énigmatique et qu’il porte un manteau à carreaux… Au total, on s’ennuie.

 

J’ai finalement décidé que je n’allais pas m’infliger ça plus longtemps et que cette rencontre avec Salman Rushdie était un échec, le deuxième, puisque j’ai lu dans mes jeunes années « Haroun et la mer des histoires », un récit qui m’avait aussi paru des plus abscons. Je n’accroche décidément pas à cette écriture foisonnante mais inefficace, qui échoue complètement à me faire voyager.

 

L’enchanteresse de Florence, Salman Rushdie, Editions Plon, octobre 2008, 400 pages.

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 10:40

9782707139641Melle Ondine Spragg n’a rien pour attirer la sympathie. Cette jeune personne intraitable, orgueilleuse et matérialiste, n’a qu’un objectif dans l’existence : pénétrer la meilleure société américaine et en devenir le point de mire. Pour cela, tous les moyens sont bons ; manipulations, caprices, et surtout mariage avantageux. Elle jette donc son dévolu sur Ralph Marvell, un jeune homme de bonne famille, sensible et cultivé, fleuron de la haute société new-yorkaise, lequel, fasciné par la beauté de la jeune fille, l’épouse aussitôt. Mais la réalité ne va pas tarder à s’imposer cruellement à lui, tandis qu’Ondine monte une à une les marches vers la gloire.

 

La lecture de ce roman est une des raisons (avec une nouvelle gastro et autres épisodes prosaïques du même acabit) qui m’ont tenue éloignée de ce blog quelques semaines. Je l’ai littéralement dégusté, j'ai pris mon temps, je m’y suis plongée, ensevelie… En un mot : une révélation. J’ai su dès les premières pages que je tenais mon coup de cœur de l’année, et qu’Edith Wharton était un écrivain exceptionnel.

 

Ondine est odieuse, égoïste et superficielle, mais prodigieusement complexe, fascinante, souvent haïssable mais parfois émouvante aussi, et c’est tout le talent de l’auteur que d’avoir su rendre cette variété de sentiment. Depuis toute petite, Ondine cherche ce qu’il y a de mieux, et se débat pour échapper à son milieu familial étriqué, engrangeant échecs et succès avec la même endurance. Une volonté de fer l’anime, qui ne recule devant rien mais dont on ne peut qu’admirer la vitalité et l’exigence. Car l'aristocrate français Raymond de Chelles, l'homme d'affaires américain Elmer Moffat, inquiétant et irrésistible, le cynique banquier Van Degen, tous vont tenter de plier Ondine à leur code et leur vision du monde. Or dans cette société qui ne laisse aux femmes que l’option d’être des objets décoratifs au bras de leur mari, c'est Ondine qui transforme le sien, puis les suivants, en simples figurants de son propre destin. Cela fait d’elle une sorte de monstre, notamment vis-à-vis de sa famille, mais aussi une héroïne romanesque inoubliable.

 

Le  roman nous fait voyager dans l’Amérique et l’Europe du XXème siècle naissant. Ondine conquiert d’abord New-York mais étend rapidement son territoire à l’Europe, - entendez, la France – le must des happy few de ce temps. Or Paris en 1900 offre quantité de divertissements exotiques pour les riches New-yorkais. Quant aux Français, la contemplation des mœurs à la fois libérées et puritaines d'outre-atlantique est pour eux un sujet d’étonnement permanent. La confrontation des valeurs de ces deux peuples est saisissante, en particulier sur la question du divorce, qui commence à se frayer un chemin même dans les meilleures familles américaines et françaises.


En conclusion, un superbe roman qui nous plonge au coeur de la
société mondaine et cosmopolite de la Belle Epoque.


Un dernier conseil si vous achetez ce livre dans la même édition que moi, ne lisez surtout pas la quatrième de couverture qui déflore toute l’histoire, y compris le dénouement.


A lire en écoutant du Gershwin, bien sûr !

 

Les avis de Fashion (qui m’avait donné envie de le lire), Carolyn Grey, Allie,...

 

Les beaux mariages, Edith Wharton, éditions La Découverte, 460 pages. 

 

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 08:00

Dans une petite ville d’Alabama, autour des années 30, Atticus est avocat et élève seul ses deux enfants. Sa vie plutôt calme est brutalement chahutée lorsqu’il est commis d’office pour assurer la défense d’un Noir accusé du viol d’une jeune fille blanche. Pour Scout, sa fille âgée de 9 ans, cet événement et toutes ses conséquences va marquer l’entrée dans l’âge adulte.

 

Une bien jolie découverte d’un roman peu connu en France, mais best-seller incontesté depuis sa parution aux Etats-Unis en 1960. Ce roman ne ressemble à rien de ce que j’ai lu jusqu’ici. Il est raconté du point de vue de l’enfant, et l’atmosphère oppressante d'un groupe où tout le monde s'observe est bien rendue. Le personnage d’Atticus est très attachant. A la fois sévère, tendre, inébranlable dans ses convictions mais lucide lorsqu’il pense s’être trompé. Une figure masculine exemplaire (et qui fait des ravages, j’en étais presque amoureuse à la fin !).

 

La construction est originale. A côté de l’intrigue principale, à savoir le procès de l’accusé et la violence qu’il déchaîne, se déroule une toute autre histoire, d’abord insignifiante en apparence, à savoir les bêtises de deux enfants turbulents. Un peu comme une petite musique à laquelle on ne prête pas attention, je l’ai même oubliée à la moitié du livre, tellement l’autre affaire nous préoccupe. Mais elle monte en puissance jusqu’à prendre le pas sur le récit majeur, et le final est grandiose je trouve.

 

Ce renversement de perspective donne une grande intensité à la deuxième partie du roman, la première étant plutôt lente (avec même une pointe d’ennui parfois, je dois le reconnaître). Mais cette lenteur symbolise aussi l’engourdissement d'une petite ville sudiste marquée par la Grande Dépression, repliée sur elle-même et brutalement enflammée par l’irruption d’un fait divers.

 

Un roman captivant qui, sans avoir l’air d’y toucher, nous en apprend beaucoup sur l’Amérique de ces années de crise et de ségrégation. 

 

Les avis plutôt enthousiastes de Fashion et Papillon, moins enthousiaste de Canthilde.

 

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee, Livre de Poche, 446 pages. Postface d’Isabelle Hausser (tiens donc, le monde est petit, n’est-ce-pas ?).

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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 22:50

La Foire aux Vanités nous conte l’ascension irrésistible d’une jeune femme ambitieuse, issue d’un milieu très modeste, mais dotée d’une indomptable rage de parvenir.

Becky Sharp est ravissante, élégante, cultivée et spirituelle. Mais l’ange cache un esprit sans scrupule, prêt à toutes les bassesses pour s’assurer une position dans le grand monde, usant de chacun comme d'un marchepied. Sur fond de guerres napoléoniennes, Becky se forge un destin hors du commun, jusqu'à en perdre toute prudence.

Une véritable saga sur plus de 1000 pages, mais qui se lit avec gourmandise. Plusieurs histoires s'imbriquent les unes dans les autres, ce qui évite la monotonie d'un récit linéaire. Quant au narrateur, au détour des péripéties, il converse à bâtons rompus avec son lecteur; il lui demande son avis sur le déroulement des événements, donne le sien, propose des variantes, se moque, le mène parfois en bateau, bref, le divertit, avec toujours ce petit ton impertinent, railleur qui est la marque de fabrique de Thackeray et qui fait de ce récit en apparence nonchalant un réquisitoire cruel contre la haute société britannique du début du XIXème. Cet humour acide m'a enchantée.

 

Car l'objet du livre n'est pas simplement de condamner l'immoralité d'une aventurière, mais de démontrer qu’elle n’est que le pur produit de son environnement, qu'elle piétine la morale parce que cette société ne respecte que ça, qu'enfin ses victimes n’ont pas volé leur sort. Cette femme n’est pas plus dépravée que ses contemporains, elle est simplement plus intelligente, plus agile, et réussit là où ils ont échoué par bêtise, par fatuité, par frivolité. 

 

En cela, la dégringolade finale de Becky (et le triomphe de son opposée, l’angélique et un peu nunuche Emmy) sonne faux. A la façon dont Thackeray pointe les mesquineries des uns, la veulerie des autres, on sent qu'à ses yeux, une telle société ne peut que porter au pinacle les Becky Sharp et broyer les Emmy - inexorablement - et que ce n’est que par complaisance envers les lecteurs frileux de son temps qu’il nous fait la grâce de renvoyer Becky à son indignité première. La "morale" est sauve, mais qui est dupe? 

  

En conclusion, je suis plus que ravie d'avoir découvert ce roman qui, plutôt long à lire, est devenu au fil des semaines un compagnon familier, rassurant et indispensable. Le genre de roman qui, par sa profusion de personnages, d'intrigues, de peintures historiques, vous donne l'impression de transporter le monde dans votre poche, partout où vous allez. Le genre de roman qui vous sauve de l'ennui toujours et partout. Le genre de roman qui aura toujours quelque chose de nouveau à vous apprendre, même au bout de la dixième relecture.

Un grand, un vrai.

La foire aux Vanités, William Makepeace Thackeray, Folio Gallimard, 1041 pages

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Où Sommes-Nous Donc?

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En passant

04/04 

 

En ce moment, je lis en anglais.

 

L'avantage, c'est qu'en langue étrangère, je lis plus lentement, donc j'en profite plus longtemps!

 

:-)

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Affligé d'une mémoire de poisson rouge et aussi d'un bon coup de fourchette, l'auteur tente par ce blog d'atteindre un double objectif ; garder une trace de ses lectures et répondre à la question quotidienne "qu'est-ce qu'on va bien pouvoir manger ce soir?" Aucun rapport, dites-vous? Effectivement...