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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 10:25

g.flipo.commissaire-clubVoici le deuxième opus des aventures de la Commissaire Viviane Lancier, personnage créé par Georges Flipo, dont le précédent roman (La Commissaire n’aime point les vers) est sorti en 2010.

 

Cette fois-ci, Viviane est expédiée par sa hiérarchie sur l’île de Rhodes dans un club de vacances archi-plouc, afin d’enquêter incognito sur le meurtre du chef du club. Une semaine au soleil, avec comme adjoint un beau lieutenant (Willy) bien pourvu par la nature, le rêve ? Détrompez-vous. C'est une peinture au vitriol des villages de vacances qui nous attend. Et comme Viviane est du genre complexée par son apparence, ce n’est pas elle qui ira lézarder au bord de la piscine pour exhiber de plantureuses rondeurs. Surtout que les meurtres s’enchaînent sans lui laisser le temps de souffler, la pauvre... 

 

Sur le fond, l’intrigue ne m’a pas autant séduite que le précédent polar de cette série. Je l’ai trouvé un peu tirée par les cheveux, parfois difficile à suivre, j’ai dû repartir une fois ou deux en arrière pour tout comprendre. C’est donc pour l’ambiance que j’ai apprécié ce roman plutôt que pour l’intrigue policière.

 

Le moteur du récit est constitué par le formidable duo Viviane-Willy. Dès le départ, entre la commissaire complexée et le bel éphèbe bronzé tout droit sorti d’un magazine féminin, un contraste désopilant s’installe. Un couple aussi mal assorti ne peut que fonctionner ! Leur rivalité et leurs malentendus donnent à la narration un rythme endiablé et de bonnes pages de rigolade. De plus, depuis le premier tome, le personnage de Viviane a pris de l’épaisseur (désolée, je n’ai pas pu m’en empêcher), elle est désormais plus crédible et plus attachante qu’avant, même si elle n’est pas tendre avec son petit lieutenant. Cela donne lieu d’ailleurs à des répliques savoureuses.

 

L’évocation du club de vacances est une vraie réussite, caustique à souhait et criante de vérité. Un village de vacances, c’est d’abord un décor totalement artificiel (au passage, chapeau M. Flipo pour le plan du club dessiné à main levée, en forme de tête de chèvre, quel talent !), c’est aussi un espace clos, coupé du monde, dont les touristes ne sortent jamais. Ce sont des animateurs aux sourires préfabriqués, à la bonne humeur mécanique. On touche du doigt le degré zéro des vacances, le loisir stérile, la bêtise érigée en dogme, l’influence abrutissante du groupe, la vulgarité, la laideur. Tout cela est un peu cruel mais néanmoins très drôle parce que Georges Flipo possède une plume acerbe qui éreinte sans jamais tomber dans la méchanceté, avec toujours cette pointe de tendresse qui affleure ça et là. Car au fond, aucun d’entre nous n’est jamais totalement à l’abri de ce qu’il dénonce, et cela crée une certaine complicité avec le lecteur.

 

Bonne lecture !

 

Vous pouvez retrouver sur ce blog un autre billet sur un roman de Georges Flipo. Et bien sûr, visitez le blog de l’intéressé, plein d’humour et de second degré sur ce beau métier d’auteur.

 

La Commissaire n’a point l’esprit club, Georges Flipo, Editions La Table Ronde, mars 2011, 286 pages.

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 08:01

dormessonRécit de la naissance, de l’apothéose, puis de l’effacement d’une grande famille d’aristocrates français, à travers une galerie de personnages à la fois grandioses et émouvants, la famille de Plessis-Vaudreuil.

 

Des débuts mythiques au Moyen-Age, jusqu’à la disparition de la famille dans les derniers soubresauts du XXème siècle, Jean d’Ormesson nous conte l’histoire des siens à l’ombre de leur devise « Au plaisir de Dieu » : d’abord les hauts faits historiques à l’origine du renom de la famille, racontés avec humour et un solide sens de l’auto-dérision. Puis les grands commis de l’Etat, les cardinaux, les maréchaux. Puis le temps de l’exil intérieur avec l’abolition de la monarchie, l’avènement des temps républicains. Et enfin, la décadence, l’appauvrissement, les déchirures, avec le XXème siècle, ses guerres mais aussi ses mutations sociales vécues dans l’incompréhension par les derniers représentants de cet ordre ancien. La famille disparaît alors, faute d’argent, faute de sens aussi. Dieu nous aurait-il trahis ?

 

Pour le ton léger et poétique, pour la très belle langue, pour l’humour, pour la nostalgie qui s’en dégage, les romans de Jean d’Ormesson me ravissent. Ici s’ajoutent la précision de la reconstitution historique et l’émotion qu’il parvient à nous transmettre. 

 

La construction du roman est originale, chaque époque reprend vie sous nos yeux à travers un ou deux personnages emblématiques de la famille; riche héritière allemande, grand-père vénérable, prêtre défroqué, étoile filante hollywoodienne, etc. Mais le personnage principal du roman, c’est le château. Le château de Plessis-lez-Vaudreuil, le roc inexpugnable, le symbole que chacun porte dans sa chair, où tous sont nés et morts, et dont la vente au rabais à l’orée des années 60 signe l’arrêt de mort de la famille.

 

**

 

dormessondvdCe roman fleuve a été remarquablement adapté en feuilleton télévisé en 1977 par Robert Mazoyer. Six épisodes de 90 minutes.

 

Contrairement au roman, organisé de façon thématique avec des coups de projecteur sur telle ou telle période illustrant un thème particulier, la série fait le choix du récit chronologique linéaire, choix compréhensible pour permettre de condenser l’histoire tout en conservant la cohérence. Ceci excepté, la fidélité au roman est exemplaire.

 

On démarre donc au début du XXème siècle, 1906, en pleine querelle des inventaires. Ce choix me paraît judicieux car c’est la période la plus intéressante, celle où tout bascule, où ce qui a toujours fonctionné jusque là va se gripper. La Belle Epoque est joliment restituée, puis les années 30, le dadaïsme et la folie financière, la montée du nazisme, la guerre, les camps, la Résistance, puis l’après-guerre, où le délitement familial s’accélère.

 

Si certaines interprétations ont beaucoup vieilli - acteurs très théâtraux parfois mal à l’aise devant la caméra - le personnage principal, le grand-père Sosthène, est incarné brillamment par Jacques Dumesnil. L’autre personnage principal est incarné par le château de Saint-Fargeau, retenu pour le cadre de la reconstitution.

 

chateausaintfargeau

 

Là aussi un très bon choix, qui permet de beaux plans en extérieur, assez évocateurs, comme la coupe des arbres par exemple, un cérémonial qui revient périodiquement à la même saison (c’est un des revenus principaux du domaine), coupe dont le rythme s’accélère insidieusement au fil des épisodes, et dont on comprend qu’elle symbolise la disparition prochaine de la famille, quand il n’y aura plus d’arbres à couper… En dépit des contraintes du genre télévisé, ce film rend bien le sentiment de lenteur et d’inexorabilité du temps qui passe et le confronte au bouillonnement du siècle des excès auquel la famille, une partie tout au moins, reste totalement sourde.

 

sosthène.dormesson

 

Je pourrais vous en parler longtemps, aussi bien du roman que du téléfilm (sachant que j’ai découvert le second en premier et que j’ai relu et visionné chacun une bonne dizaine de fois). Des deux côtés, de la belle ouvrage, chacune rehaussant l’autre. Un bon exemple de partenariat réussi entre la littérature et la télévision.

 

Au plaisir de Dieu, Jean d’Ormesson, Folio Gallimard 2008, (1974 pour la 1ère édition) 607 pages.

 

Au plaisir de Dieu, réalisation de Robert Mazoyer, 1977 pour la 1ère diffusion, coffret 4 DVD, 2006. (de ce Robert Mazoyer, vous connaissez peut-être l’adaptation des « Gens de Mogador », une autre saga familiale grandiose, dont je vous parlerai un jour…)

 

Avec ceci s’ouvre ma modeste participation au challenge « Lunettes noires sur pages blanches », et je remercie une fois de plus Fashion pour ses trouvailles challengiques toujours passionnantes !

 

challenge cinoche

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 08:02

flipoObscur gratte-papier dans une grande entreprise, Sylvain Vasseur est mis en pré-retraite d’office à l’occasion d’un plan social. Histoire de faire passer la pilule, son patron lui suggère d’occuper ses journées à l’écriture d’un roman. Parce qu’il vénère son patron et parce qu’il est imbu de lui-même, Vasseur le prend au mot, plonge tête la première dans l’aventure littéraire et se met à rêver d’un destin d’auteur à succès. Et c’est là que le vertige commence.

 

Attention, si vous-mêmes taquinez les muses à vos heures perdues, je vous préviens, ce roman fait mal à l’ego. Cependant, une fois passée l’étape « mais il parle de moi, là ! », il est des plus réjouissants et se lit avec jubilation, comme on déguste une gourmandise.

 

Peinture au vitriol du monde de l’édition, mais aussi de l’entreprise et des media, le vertige des auteurs n’épargne personne, et fait défiler une galerie de personnages succulents, du cynique présentateur télé Jean-Pierre Lavenu (ça ne vous dit rien ?) aux vieilles gloires littéraires alcooliques et libidineuses, de la bibliothécaire nunuche aux jolies journalistes ignardes... Le bal des hypocrites, en pire.

 

C’est très drôle, et en même temps ça devient un brin tragique au fil des pages, car on sent vite que cette histoire va mal finir. Ce pauvre Vasseur, minable vaniteux, gonflé d’orgueil et de mépris pour autrui, est aussi un pauvre naïf, manipulé et humilié en permanence. Il va de déboires en déconvenues, essuie des centaines de lettres de refus, hante les concours de nouvelles de troisième zone et les salles d’attente d’éditeurs indifférents, assiste inconscient au naufrage de sa vie privée, mais persiste dans sa folie. Pathétique.

 

L’humour féroce, le style percutant, les formules qui font mouche, et enfin le réalisme saisissant de certaines séquences, font de ce roman un excellent moment de lecture qui ne doit pas pour autant décourager chacun de se lancer dans l’écriture. Au contraire, un averti en vaut deux et ce récit, qui sent l’expérience vécue, est écrit par un auteur aujourd’hui publié dont le dernier roman marche très fort. Pour le découvrir, son blog.

 

Les avis de Cuné, FlorinetteBiblioblog, Turquoise, Essel...

 

Le Vertige des auteurs, Georges Flipo, Editions Le Castor Astral, 2007, 273 pages.

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 08:01

maitres.glenmarkiePour les besoins de sa thèse de littérature, Mary Guthrie part à la rencontre de la famille Lockhart de Glenmarkie, une vieille famille écossaise retranchée dans son château en ruine, et qui a compté parmi ses membres un étonnant écrivain, Sir Thomas Lockhart de Glenmarkie, mort de rire en 1660 en apprenant la restauration des Stuart. Mais Mary se retrouve vite aux prises avec un mystérieux meuble à tiroirs qui contient un secret concernant Sir Thomas et dont dépend son propre salut.

Quel drôle de livre! me suis-je dit 20 fois au cours de ma lecture. Rarement lu un "truc" pareil! Ce roman m'a enchantée par son originalité, tant sur la forme que sur le fond. Les maîtres de Glenmarkie se présente comme une parodie attendrie des romans d'aventures anglais, avec les ingrédients typiques du genre; mystérieux château écossais délabré, fantômes, passages secrets, cryptes humides, tiroirs verrouillés par de secrètes combinaisons, avec à la clé un trésor fabuleux. L'hommage aux romans du XIXème se retrouve aussi dans la forme, chaque tête de chapitre démarrant par "Où l'on apprend que...", "Où il est question de...", tout simplement délicieux.
C'est également une sorte de polar historique et un bel hommage à la littérature, celle-ci étant le fil conducteur qui relie tous les personnages de ce roman touffu. On croise de drôles de libraires et de célèbres écrivains, tel Eric Blair, plus connu sous le nom de... Ah mais non, chuut, vous verrez bien.

En marge des tribulations mi-loufoques mi-tragiques des châtelains de Glenmarkie, nous suivons Ebenezer Krook, un homme à la recherche de ses origines, laquelle recherche tourne fréquemment à la divagation d'un ivrogne écossais de la plus belle espèce. Ebenezer Krook est plus souvent ivre que sobre à chacune de ses apparitions, sans parler de ses acolytes. Son périple nous mène dans tous les pubs et tripots d'Edimbourg, dans les gradins survoltés d'un stade de rugby, à la rencontre de toutes les marques de whisky produites par ce beau pays. Mais nous découvrons aussi les paysages sauvages écossais, formidablement décrits, comme le tourbillon de Corryvreckan, métaphore des bouleversements dans lesquels sont pris les personnages.

L'écriture est piquante, pleine de jolies formules caustiques à souhait. L'auteur a son propre univers, où les livres occupent la première place et sont animés d'une vie propre qui les pousse à se ballader tout seuls d'une étagère à l'autre des librairies quand ils sont insatisfaits de leur place.

La construction est complexe, l'auteur nous trimballe sans ménagement de 1660 à 1953 en passant par le XIXème siècle ou la Guerre d'Espagne, mais on ne souffre pas du voyage, tout s'emboîte dans une mécanique parfaite, c'est beau comme une horloge suisse. Rapidement, on comprend que la quête de Mary et celle d'Ebenezer sont liées, et le dénouement est à la hauteur des attentes.

En conclusion, une vraie réussite, un roman dépaysant, truculent, bizarre et drôle. Oui, tout ça à la fois.

Mais je ne peux pas terminer ce billet sans pousser un coup de gueule (plein de dignité néanmoins) contre l'éditeur. Gallimard a licencié tous ses correcteurs, c'est officiel à la lecture de ce roman; j'ai compté pas moins de 15 énormes fautes, orthographe et grammaire confondues. E
ffarant.

L'avis de Fashion qui m'avait convaincue, de Keisha, Lou, YspaddadenMaudapl... Brize, pour sa part, n'a pas vraiment apprécié.


Les maîtres de Glenmarkie, Jean-Pierre Ohl, Editions Gallimard, 2008, 361 pages.

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 07:58

sans antonioUne riche pharmacienne parisienne perd son mari dans d'étranges circonstances. Empoisonné par un mystérieux touriste? Puis les morceaux d'un cadavre inconnu lui son livrés chez elle. Epouvante, chantage, menaces, le commissaire San-A enquête pour délivrer la jeune veuve éplorée et ses charmantes filles de cette macabre persécution.

Nous sommes en mars et il est temps pour moi d'attaquer les divers challenges auxquels je me suis étourdiment inscrite en ce début d'année. J'ai donc mis a profit les vacances de février pour dévorer douillettement au coin du feu du radiateur mon 1er San-Antonio. Hélas, je n'ai pas pu trouver les titres émoustillants que j'avais cités ICI. Voici donc "Faites chauffer la colle", trouvé au Relais "H" de la Gare de l'Est.

Dans l'ensemble, j'ai aimé mais sans plus. Je n'en lirai pas des dizaines. L'écriture est faite d'un argot assez vieillot mais justement de ce fait réjouissant, d'expressions désuètes et gaillardes. C'est coloré, odorant, goûteux. Ce qui m'a plu dans ce style, ce sont les néologismes, souvent drôles et très intuitifs (le mot n'existe pas mais on
comprend très bien de quoi il s'agit). Pour le reste, l'histoire est bien ficelée, bien amenée. Il y a des scènes d'anthologie sorties tout droit de la tête d'un doux dingue comme la fête de village normande (à Saint-Locdu-le-Vieux) et ses concours peu orthodoxes!

Quelques bémols sérieux; trop d'histoires de fesses, qui reviennent incessamment. Ca m'a rappelé la mécanique Harlequin, sauf que c'est traité différemment! Foin de romantisme et de descriptions édulcorées, on est dans le cru, avec une bonne pincée de misogynie en prime. Au début, c'est plutôt roboratif, à la longue ça lasse... La fin est ratée. En fait, pendant tout le roman l'enquête piétine, les (morceaux de) cadavres s'amoncellent. Et soudain, San-Antonio décide que ça a assez duré. Il fait asseoir tout le monde et révèle la clé de l'énigme en deux coups de cuillère à pot, énonçant des éléments nouveaux pour le lecteur sans qu'aucun indice ait pu nous mettre sur la voie. Cet épilogue qui sort du chapeau en 3 pages laisse le lecteur en rade et m'a déçue.

En conclusion, je ne suis pas mécontente de cette expérience. Je comprends l'engouement des inconditionnels car on a là une écriture singulière et originale, un univers qui ne ressemble à aucun autre. Mais personnellement, je ne ferai jamais partie du fan club. Merci à Daniel Fattore pour cette idée qui sort des sentiers battus. Bon challenge à tous!


Faites chauffer la colle, Frédéric Dard, Editions Fleuve Noir, 2010 (1993 pour la première édition), 281 pages.
Lu dans le cadre du Challenge San Antonio 2010 : 1/2

SANA[1]

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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 07:55

naturesmortesRome, 1570. Notre héros François est désormais assistant de Bartolomeo Scappi, maître-queux des cuisines vaticanes. Il lui prête main-forte dans la rédaction de son Opera, un imposant livre de recettes de cuisine. C’est également un pilier des nuits romaines, de leurs fêtes somptueuses, banquets et autres divertissements. Mais les intrigues vaticanes le rattrapent en la personne du cardinal Granvelle, qui a juré sa perte. Soumis à un chantage et menacé de mort, François ruse, enquête, entreprend un voyage qui le mènera à Naples, à la recherche du peintre Arcimboldo enlevé par de mystérieux comploteurs.

 

Mouais. Bof.

 

Autant j’avais apprécié Meurtres à la pomme d’or, autant ce deuxième « roman noir et gastronomique » de Michèle Barrière peine à me convaincre. Les ficelles de l’intrigue sont assez grossières, on a du mal à s’intéresser au sort de François dont la monomanie culinaire commence à devenir un tantinet agaçante. Le « polar gastronomique » se réduit à n’être qu’une énumération de recettes et de plats, lassante à force d'être répétitive, et à une intrigue bien mince ne servant qu’à meubler les transitions. J'attendais des développements sur la cour, l'entourage du Pape, les arcanes du pouvoir pontifical, point.

 

J’ai également été déçue par la pauvreté du dénouement. Ca m’a donné l’impression qu’au ¾ du récit, l’auteur en manque d’inspiration a cherché à « faire une fin »; fin laborieuse et sur laquelle on débouche de façon un peu précipitée… Sans compter que le choix de vie (pour le moins pépère) finalement retenu par François lors de l’épilogue ne cadre pas avec sa personnalité telle qu’elle nous est décrite tout au long du livre, celle d’un épicurien fantasque, bouillonnant de vitalité et d’envie de découvrir le monde.

En gros, je suis restée sur ma faim (sans jeu de mot…) et j'ai le sentiment que le roman policier gastronomique est un genre dont on atteint rapidement les limites.

J'ai encore Souper mortel aux étuves du même auteur à découvrir, j'espère qu'il me fera oublier cette déconvenue.


Natures mortes au Vatican, Michèle Barrière, Le Livre de poche, septembre 2009, 314 pages.

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 08:01

gaboriauVincent Favoral est un riche banquier qui a bâti sa fortune seul. Un homme d'habitudes et de confiance. Lui et sa famille incarnent la réussite de la bourgeoisie du Second Empire. Un soir, le tonnerre s'abat sur eux quand Favoral est accusé de détournement de fonds par son associé, le Baron de Thaller, au cours d'un dîner qui tourne mal. Favoral s'enfuit, la police enquête et il apparait rapidement que ce qui semblait n'être qu'une simple histoire de malversations  se révèle une vaste machination dont l'argent n'est pas l'enjeu. Un complot dont Favoral n'est peut-être qu'une victime parmi d'autres. Chantage, tentatives de meurtre, un secret de famille qui surgit du passé,  tous les ingrédients sont là pour une grande fresque policière avec pour toile de fond l'Empire finissant, la guerre de 1870, la Commune, le siège de Paris...
 

Emile Gaboriau fait partie des pères du roman policier. Précurseur de Gaston Leroux et de Conan Doyle, il publie ses premiers romans à partir de 1860. La série de l’inspecteur Lecoq est la plus connue, avec Le dossier 113, L’Affaire Lerouge, ou encore Le crime d’Orcival. Ce roman-ci, L’argent des autres, l’est beaucoup moins. Paru en feuilleton à partir de 1874, soit un an après la mort de l’auteur, il est aujourd’hui réédité par les éditions du Masque.

 

C’est un pur hasard qui m’a fait découvrir cet auteur (il était en présentoir chez V…, j’ai trouvé la couverture jolie. A quoi ça tient!). J’ai eu la main heureuse. Le sujet rappelle L’argent de Zola, mais le traitement est différent. D'abord parce que l'intrigue financière -  centrale dans la 1ère partie - passe complètement au second  plan dans la deuxième au profit d'une affaire de moeurs et de famille, dans la veine des romans-feuilletons de l'époque. Ce qui ravive l'intérêt du lecteur en évitant de l'enliser dans les descriptions des arcanes de la Bourse (que Zola ne nous épargne pas dans L'argent). Différent aussi parce que bien plus nuancé. Le personnage du banquier est énigmatique. Est-il ou non cet homme d’affaires sans scrupule ou la victime d’une manipulation ? D'autres personnages partagent cette ambivalence comme Césarine, la fille du baron de Thaller ou encore le fils Favoral, Maxence.
 

Comme souvent dans les romans de ce temps, le récit foisonne de personnages secondaires très travaillés. Il offre un panorama complet de la société du Second Empire : la petite bourgeoisie d’affaires, les grands bourgeois nouveaux riches, les aristocrates ruinés (mais dignes, bien entendu), les petites couturières qui tutoient la misère, les hôtels garnis, les restaurants à cocottes, les hôtels particuliers, les promenades au Bois (on ne précise même pas « de Boulogne », enfin, voyons).

 

D’un point de vue historique, l’intérêt du roman réside dans la description des événements liés à la chute de l’Empire, le siège de Paris, les débuts de la Commune, mais sous un angle quotidien, une simple péripétie à la périphérie de l’intrigue policière qui, en faisant basculer des situations, va entraîner la survenue du désastre pour Favoral. Ce regard « en biais » sur l’Histoire révèle beaucoup de détails surprenants. Enfin, j'ai été frappée par l’actualité de ce récit d’une escroquerie dévoilée à la faveur d’une crise économique et cette description d'un aventurier de la finance qui ruine des milliers d'épargnants éblouis par l'argent facile. La dénonciation prend des accents  contemporains :

" Quoi! fit-il d'un ton d'écrasante ironie, c'est ce soir seulement que vous découvrez que je spéculais? Où donc pensiez-vous que je prenais l'énorme intérêt que je vous sers depuis des années? Où avez-vous vu l'argent honnête, l'argent du travail donner 12 ou 14%? L'argent qui rapporte cela, c'est l'argent du tapis vert, c'est l'argent de la Bourse. Pourquoi m'avez-vous apporté vos fonds? Parce que vous étiez persuadés que je saurais bien tenir les cartes. Ah! Si je vous annonçais que j'ai doublé vos capitaux, vous ne me demanderiez pas comment je m'y suis pris, ni si je n'ai pas fait sauter la coupe. Vous empocheriez vertueusement. J'ai perdu, je suis un voleur... Eh bien! soit, mais alors, vous êtes mes complices."

 

Dans l’ensemble j’ai trouvé le roman bien construit, admirablement écrit, fertile en rebondissements - parfois un peu improbables - propres au genre du roman feuilleton. Le tout laisse une impression très théâtrale qui rappelle les vaudevilles en vogue à la même époque. Une découverte que je vous recommande ! 
 

L’argent des autres, Emile Gaboriau, 1874 pour la 1ère édition, Editions du Masque novembre 2009, 508 pages.

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 08:02

le coin du voileBertrand fait partie d'une communauté religieuse au sein de laquelle il dirige une revue de spiritualité. Parmi son abondant courrier, il reçoit un jour une lettre qui le plonge dans la stupéfaction. Sur 6 pages, il y découvre exposée la preuve de l'existence de Dieu. Irréfutable, évidente, après des siècles de réflexions et de recherches philosophiques sur la question, cette fois, c'est la bonne, la preuve de Dieu est faite, un savant mi-illuminé mi-génie l'a trouvée. Mais que va-t-il alors advenir de l'humanité? Est-ce le début du paradis ou est-ce l'enfer qui attend les hommes? Et quel avenir pour l'Eglise dans tout ça?

Un pari un peu fou pour ce roman, qui démarre sur une hypothèse inouïe, pour ensuite dérouler une caricature de polar religieux qui verse souvent dans la farce et le comique. Un pari assez réussi à mon sens. J'ai découvert Laurence Cossé avec Au bon roman, sorti cette année, qui m'avait plu au point de fureter dans les librairies à la recherche de ses autres romans. Ces deux-là ont d'ailleurs des points communs. Une idée de départ plutôt utopique (Dieu existe, ou créons la librairie idéale) à partir de laquelle l'auteur laisse cours à son imagination et tente de reconstituer l'enchaînement de conséquences avec le plus de vraisemblance possible.

Ce roman assez bref se lit facilement, l'intrigue est découpée en une multitude de mini-scènes. Il évite à la fois le piège de l'érudition assommante et celui de la superficialité (quoique, j'en aurais volontiers lu davantage sur l'histoire des preuves de l'existence de Dieu, sur les différentes écoles de pensée en la matière, or l'auteur ne s'attarde pas).

Bien entendu, LA preuve n'est jamais exposée, forcément. En revanche, l'auteur décrit abondamment et sans bienveillance les dissenssions entres les diverses autorités de l'Eglise, communautés religieuses et hiérarchie ecclésiastique se tirant dans les pattes à qui mieux mieux. Tout tourne autour du chef de cette communauté religieuse (les "casuistes", tiens donc...) qui tente envers et contre tout d'étouffer "l'affaire".

Je regrette une fin un peu expéditive, un passage au Vatican trop bref, et des dialogues un peu envahissants. Je pense que le roman aurait pu être plus travaillé, plus élaboré. Mais somme toute, j'ai passé un bon moment et j'envisage toujours de lire les autres titres de Laurence Cossé.

Pas trouvé grand chose sur les moteurs de recherche comme avis sur ce livre, alors si vous en connaissez, faites-moi signe, je les rajouterai.

Le coin du voile, Laurence Cossé, Folio, 1996, 262 pages.

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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 20:50

meurtrepomme d'orMontpellier, 1556. François est le fils d'un maître rôtisseur de Paris. Son rêve: devenir cuisinier. Mais son père ne l'entend pas de cette oreille et expédie son fils à Montpellier pour en faire un médecin. Dans cette université prestigieuse, François s'ennuie. Mais lorsqu'un de ses amis est assassiné à l'aide d'un mystérieux brevage, il se lance sur la piste de l'assassin. Alors que les empoisonnements se multiplient, que médecins et apothicaires se déchirent et portent la cité au bord de la guerre civile, François entreprend au péril de sa vie un périple qui le mènera jusqu'à Bologne, Ferrare et Padoue, sur les traces d'un poison fulgurant et inconnu.

Voici un auteur de moi ignoré jusqu'ici, et découvert grâce au swap Millefeuilles, à Edelwe et  Tiphaine.
Un excellent moment de lecture. On est là en plein dans mes thèmes de prédilection, mélange de littérature et de plaisir culinaire. Il s'agit d'une sorte de polar/roman historique, genre qui fait florès en ce moment. La peinture historique est très riche, assez réaliste. J'ai particulièrement apprécié la rivalité entre médecins, apothicaires et épiciers de Montpellier, qui se rejettent tous la faute, se méprisent mutuellement, chacun revendiquant le monopole de ce que l'on n'appelle pas encore les médicaments. Le roman montre aussi le lien très fort, à l'époque, entre cuisine et médecine. Toutes les "médecines" étaient en fait des épices, des infusions, et tout ce que nous considérons aujourd'hui comme confiseries ou condiments.  

On voit du pays aussi dans ce polar médiéval, à travers le voyage initiatique de François dans les cités italiennes. La peinture de Bologne et de son carnaval (la Porchetta) est une réussite, dommage que le passage à Padoue soit plus court, on en redemande!

La cerise sur le gâteau, si je puis dire, de ce roman, c'est la place occupée par la gastronomie. Ne vous lancez pas dans ce livre une heure avant de passer à table, vous allez vite vous sentir affamé!! Le récit dégouline littéralement de victuailles, on fait bombance à chaque page (lecteurs/trices au régime, s'abstenir!). Perdrix aux noisettes, pâtés d'esturgeons, poissons frits, aïoli, tourte de courge, canard aux figues, crème dorée à la sauge confite, safran, gingembre... bref! Quand on aime les bonnes choses, on se régale, on note au passage quelques trucs, on découvre quelques secrets (la fabrication du vinaigre balsamique par exemple).

L'intrigue est assez bien ficelée, si ce n'est vers la fin, où le dénouement m'a paru trop rapide et peu convaincant.

En conclusion, un petit roman efficace, mené tambour battant, qui se lit un peu vite mais qui laisse un goût très agréable!!

Les avis de Loulou, Marie-Laure, Marie, Emilie.

Meurtres à la pomme d'or, Michèle Barrière, le livre de poche, 2008, 290 pages.

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 08:00

Victoire et Henry sont mariés depuis 20 ans. Ils évoluent dans les milieux de la grande bourgeoisie, elle, de souche aristocratique, lui, brillant haut fonctionnaire préparant son entrée en politique. Dans ce couple apparemment sans histoire, un beau jour l’harmonie vole en éclat. Henry trompe Victoire, discrètement d’abord, puis de façon de plus en plus ostensible et humiliante.

 

Pour ce roman, déception est le mot qui domine. Je l’ai refermé avec dépit après une alléchante critique qui annonçait une peinture sociale cruelle mais juste de la "bonne" société versaillaise, loin des clichés habituels. En réalité, ces derniers ne manquent pas et donnent au récit un ton stéréotypé, préfabriqué, peu crédible. La bourgeoisie vue par une lectrice de Point de vue un peu snob.

 

La thèse du livre (un brin caricatural) d’un milieu huppé donc forcément dépravé et cynique, s’épuise vite à force de répétitions. Quant à l'histoire, malgré de longs passages introspectifs, je n'ai pas réussi à m'émouvoir du désespoir de Victoire et du naufrage de son couple, tellement le cadre et surtout les personnages manquaient de consistance. Campés sans finesse, ces derniers illustrent tous les lieux communs les plus éculés sur la bourgeoisie ; l’énarque aux dents longues, le fils à papa rebelle, l’executive woman BCBG et glaciale, etc. Mention spéciale pour l’aristocratique aïeule du clan versaillais, agrippée aux apparences, qui assène sans rire à Victoire : « le drame antique de la femme trompée, voilà ton héritage ». On croirait à du second degré, mais non.  


Le décor est planté sans surprise entre Versailles et le 7ème arrondissement, et sa crédibilité repose en bonne partie sur un intense effort de name-dropping de marques diverses: Ralph Lauren, Hermès, Blackberry, Burberry…, comme autant de clins d’œil gratuits aux initiés, et qui alourdissent la lecture. Ceci étant, le souci de vraisemblance s’arrête là et laisse la place à de curieux paradoxes. Ainsi Victoire, qui nous est décrite vingt fois comme la fine fleur de l’aristocratie bien élevée, s’exprime-t-elle tout au long du roman comme une poissonnière, toujours l’argot et l’insulte à la bouche, ça m'a gênée pour ne pas dire plus.

 

Sur la forme, l’auteur a tenu à tarabiscoter l’écriture, déconstruire le texte, sans vraie raison apparente, de peur sans doute que le fond ne se suffise pas à lui-même. Ainsi le récit principal est-il parasité par l’irruption d’un récit secondaire, évocation en italique de vagues souvenirs familiaux dont la pertinence m’a échappé. S’y ajoutent d’autres intrusions comme des extraits de répondeur téléphonique, ou de texto du genre « C moi, T où ? » plutôt incongrus. Enfin, le récit est noyé sous une ponctuation fantaisiste, avalanche de points de suspension, parfois 10 fois par page, et style indirect libre omniprésent, ce qui fatigue passablement le lecteur. N'est pas Céline qui veut.

 

J’ai d’autant plus regretté ces maladresses que l’histoire est intéressante sur le fond. Il y a même des moments magiques dans ce roman, où le ton est juste et où le lecteur se prend à se passionner pour l'héroïne. La scène de la réception au Château de Versailles, à cet égard, est un morceau de bravoure. Rythmé, coloré, tragique et drôle à la fois, cet épisode est un petit régal, mais qui ne suffit pas à sauver l’histoire dont la fin m’a parue abrupte, décourageante et incompréhensible.

 

En conclusion, j'ai l'impression d'être passée complètement à côté de ce roman et de cet écrivain, largement salué par la critique, et qui semble bien marcher sur internet; il existe même un blog qui lui est exclusivement consacré.

L'avis de Clarabel, moyennement emballée.

La femme blessée, Caroline Pascal, Editions Plon, 257 pages.

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Affligé d'une mémoire de poisson rouge et aussi d'un bon coup de fourchette, l'auteur tente par ce blog d'atteindre un double objectif ; garder une trace de ses lectures et répondre à la question quotidienne "qu'est-ce qu'on va bien pouvoir manger ce soir?" Aucun rapport, dites-vous? Effectivement...