Partager des bons moments de lecture et de bons petits plats, marier cuisine et littérature...
Londres, 1946, les Britanniques se relèvent de la guerre. Parmi eux, Juliet, auteur à succès, cherche une idée pour son prochain roman. Par un concours de circonstance, elle entre en relation avec un, puis plusieurs habitants de l’île de Guernesey. Ces derniers lui racontent, avec un mélange de drôlerie et de gravité, les années d’Occupation et leur cortège de privations, d’arrestations, dénonciations, etc. En effet, les îles anglo-normandes, mal défendues car trop proches des côtes françaises, furent les seuls territoires britanniques occupés par les Allemands. Au cours de ce récit épistolaire, burlesque à souhait, on croisera pêle-mêle un cochon rôti, des tourtes aux épluchures de patates, une enfant furetophile (ça se dit, ça ?), des lettres inédites d’Oscar Wilde… Et puis des cottages, des jardins, des muffins, des tasses de thé en porcelaine, tout ce qui fait le charme d’un roman anglais.
Un roman génial. Et pourtant, j’avais bien failli m’en détourner en découvrant le bandeau rouge dont l’avait décoré l’éditeur, et qui proclamait qu’Anna Gavalda avait trouvé ça « absolument délicieux ». Je me demande si ce patronage est judicieux... Enfin, faisant fi (pour une fois !) de mes préjugés, je me suis lancée et je ne regrette pas.
D’abord j’adore les romans épistolaires. En l’occurrence, ce genre convient parfaitement à l’histoire qui comprend deux récits parallèles. Les lettres permettent une narration enjouée, rythmée, avec des chutes amusantes. Les post-scriptum de certaines épîtres sont même de vraies perles. Ensuite j’adore les îles anglo-normandes (lesquelles risquent d’ailleurs d’être envahies de touristes cette année si le roman obtient le succès qu’on lui prédit). L’évocation d’un petit paradis verdoyant n’est pas surfaite, Guernesey est une île enchanteresse.
La langue est simple mais efficace, les personnages bien campés, les thèmes revigorants : la lecture comme antidote au désespoir, à la faim et à la peur. Le récit contient de nombreuses références littéraires (l’indéboulonnable Jane Austen fait même une brève apparition) mais elles ne sont jamais superficielles ou plaquées. Enfin l’auteur glisse avec beaucoup de talent du registre de l’humour à celui de l’émotion. J’ai parfois été au bord des larmes, avant d’éclater de rire quelques pages plus loin. Peu de romans m’ont fait cet effet-là.
Un regret : que le titre français soit un abrégé du titre original : « The Guernsey literary and potato peel pie society ». Pourquoi a-t-on escamoté le nom de l’île et la tourte ? Dommage.
Ce roman fait un tabac sur la blogosphère on dirait, Fashion l’a beaucoup aimé, Keisha aussi. C’est grâce à elles que j’ai surmonté l’effet « bandeau rouge » gavaldien. Délicieux, indeed it is.
Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, Edition du Nil, avril 2009, 396 pages