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Récit de la prise de contrôle par les nazis de l’Eglise luthérienne allemande. Cet épisode, mal connu, se déroule à la fin des années trente et nous est conté par un jeune pasteur qui l’a vécu de l’intérieur. Afin d’établir définitivement sa mainmise sur le pays, le parti nazi entreprend dès 1933 un noyautage insidieux de l’Eglise luthérienne allemande, influente et populaire qui compte des millions de fidèles. Alternant séduction et répression, le régime s’introduit peu à peu dans les mécanismes de cette église, s’attaque d'abord aux symboles puis aux individus avant de se livrer à d’impitoyables persécutions.
Face à cette offensive, l’Eglise luthérienne allemande tente une résistance désespérée, frontale, que suit une plongée progressive dans la clandestinité. De son côté le narrateur, voulant s’opposer à la mainmise du régime, voit ses proches décimés avant d’échapper in extremis à la déportation, qui sera le destin de plusieurs milliers de pasteurs allemands.
Ce texte restitue avec clairvoyance l’état d’esprit des allemands dans les années trente. Une économie en déroute, des élites ruinées, des institutions républicaines décrédibilisées, une société grise qui oscille entre nostalgie et rejet du passé impérial. A travers des personnages d’aristocrates déclassés, d’étudiants misérables, d’anciens combattants amers, l’auteur dépeint avec justesse une population fragile et perméable à un discours démagogique.
Dans son rythme et sa construction, ce livre m’a rappelé « La ferme des animaux » de George Orwell. Sournoisement, l’ennemi avance et s’enracine, dissimulé au début sous des dehors bienveillants, et laissant ensuite entrevoir son véritable visage au fur et à mesure que le piège se referme.
A souligner, une intéressante post-face qui précise les adaptations effectuées par l’auteur par rapport au témoignage du pasteur, car il s’agit tout de même bien d’un roman même si l’essentiel des faits est réel.
Un roman lu d’une traite qu’on referme avec un frisson.
Un autre avis chez Sébastien Fritsch.
Jour sans retour, Kressmann Taylor, Livre de Poche, 322 pages.