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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 21:35

Lorsque le jeune dandy Ryno de Marigny tombe fou amoureux de Melle Hermangarde de Polastron, le faubourg Saint-Germain s'émeut. Ryno, ce débauché, cet homme perdu par tous les vices, qui traîne depuis 10 ans une scandaleuse liaison avec sa vieille maitresse espagnole, l'ensorcelante Vellini, cet homme peut-il prétendre à la main d'une jeune fille pure comme Hermangarde, fine fleur de l'aristocratie parisienne? Personne ne veut de ce mariage, sauf Mme de Flers, grand-mère bienveillante d'Hermangarde. Car Ryno semble s'être assagi, il quitte avec fracas Vellini pour ne se consacrer qu'à son amour. Le mariage est donc célébré en grande pompe. Si les femmes s'attendrissent de voir l'inclination couronnée par le bonheur conjugal, les hommes prennent les paris sur la longévité de cette union. Vellini lâchera-t-elle sa proie?

Il faut aimer le style de Barbey d'Aurevilly. Il en fait des tonnes, et c'est d'ailleurs ce qui lui fut reproché, entre autre, à l'époque. Il ne craint personne pour peindre les égarements de la passion. Serments scellés par échange de sang, fièvres, évanouissements, hurlements, magie noire, délires et hallucinations, nous sommes loin de l'ambiance feutrée des romans de certains de ses contemporains. Flirtant souvent avec le fantastique, Barbey nous offre dans la deuxième partie du roman une peinture sauvage et superbe de sa normandie natale, après un portrait au vitriol de la vie parisienne dans sa première partie. Le contraste entre les deux univers est très efficace et contribue à la force du roman. L'écriture est extrêmement riche, voire chargée, le style flamboyant, la métaphore omniprésente. Le ton de Barbey ne ressemble à aucun autre, vous serez fascinés ou exaspérés, mais certainement pas indifférents.

Le politique pointe également souvent derrière le romancier. Barbey est un "réactionnaire", au sens de cette époque. Il méprise profondément son siècle et ses contemporains en tant qu'héritiers de cette Révolution qu'il vomit à chaque page. Il pleure l'aristocratie défunte, son faste, son élégance mais aussi sa liberté de ton, son libertinage, face à un XIXème siècle qu'il juge bigot, moralisateur et hypocrite, bas de plafond. Sa vision du monde, quelque peu binaire, peut parfois faire sourire, mais elle est intéressante en ce qu'elle offre un point de vue différent. Barbey est du mauvais côté de l'Histoire, du coté des perdants, mais il l'est avec panache.

Si vous ne connaissez pas cet auteur, je vous recommande certaines des nouvelles du recueil Les Diaboliques. Fashion a chroniqué l'une d'entre elles, Le Bonheur dans le crime.

En conclusion, tout ceci m'a donné furieusement envie de voir le film réalisé par Catherine Breillat, sorti en 2007. Quelqu'un l'a vu?

Un autre avis sur ce roman chez La lettrine.

Une vieille maîtresse, Jules Barbey d'Aurevilly, GF, 445 pages.

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 22:10

En 1993, Gabriel Vernet est nommé ambassadeur de France à Moscou, 17 ans après son premier passage dans ce pays, à l’époque comme jeune conseiller politique. Un poste dont il garde un souvenir d’autant plus fort que c’est là qu’il a rencontré celle qui allait devenir sa femme, Tatiana. Entre temps, le Mur de Berlin est tombé, l’URSS a disparu et c’est un pays entièrement changé que redécouvre Gabriel, entre chaos et modernité. Et voilà qu’un jour on lui propose de consulter son « dossier ». Son dossier, c'est-à-dire celui que le KGB avait constitué à l’époque sur lui. Comptes-rendus d’écoutes téléphoniques, d’enregistrements, de filatures, Gabriel revoit défiler ces quelques années, minutieusement consignées jusque dans leurs aspects les plus privés voire intimes. Et c’est alors que surgit de ce passé un élément troublant sur Tatiana.

 

Encore un roman passionnant d’Isabelle Hausser, dont vous savez maintenant que c'est l'un de mes auteurs préférés. La peinture de la Russie contemporaine est saisissante, foisonnante de personnages dont certains extrêmement émouvants. Affairisme, corruption, renouveau religieux, abondance et pénurie, pauvreté extrême ou luxe tapageur, l'auteur a très bien restitué ce moment particulier de l'histoire russe, où les débris du monde ancien surnagent encore à la surface du nouveau. Sur cette toile de fond passionnante, l'auteur bâtit une intrigue originale sur le thème de la jalousie rétrospective, qui nous prend parfois quand nous découvrons très (trop) tard un secret sur l'être aimé. Le style, comme toujours, est simple, limpide, sans fioritures et rend avec beaucoup de finesse la complexité des sentiments des personnages.

J'ai trouvé très touchantes les pages où Gabriel revoit défiler sa vie d'avant, page après page. Stupéfait au départ de se découvrir si minutieusement espionné, il en serait presque reconnaissant au régime de lui offrir cette possibilité inespérée de replonger dans ses années de jeunesse et de bonheur, de retrouver intacts des souvenirs que sa propre mémoire avait perdus. Quant à la fin de ce roman, d'un réalisme optimiste comme souvent chez cet écrivain, elle met du baume au coeur en nous offrant l'espoir que les blessures du coeur puissent se refermer et guérir.


Roman d'amour et roman d'espionnage à la fois, la Chambre sourde nous en apprend beaucoup sur la Russie d'aujourd'hui et d'avant, sur ce qui malgré le temps qui passe reste immuable dans ce pays, mais aussi sur le couple et sa capacité à surmonter une crise par la confiance et l'amour.

Je ne peux que recommander la lecture des autres romans d'Isabelle Hausser, comme La table des enfants ou encore Une comédie familiale.

La chambre sourde, Isabelle Hausser, Le livre de poche, 413 pages. 

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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 22:55

Paris, à peu près de nos jours. Des « 4 » peints en noir recouvrent les portes de plusieurs appartements parisiens en une nuit. De mystérieuses prophéties prennent le relais et annoncent le retour du fléau des fléaux, la Peste Noire. Le commissaire Adamsberg enquête, canular ou vraie menace ? C’est alors qu’apparaissent les premiers corps, noircis, et que les 4 se multiplient comme autant de talismans.  

 

On m’avait tant vanté le génie de Fred Vargas, l’auteur de policiers incontournable du moment, qu’évidemment j’ai été déçue. Mais déçue bien au-delà de ce que j’avais imaginé. J’ai trouvé ça franchement mauvais. L’intrigue – qui met du temps à démarrer - est tout sauf crédible. Le grand retour de la peste, en plein XXIème siècle, pourquoi pas, mais pas avec d'aussi gros sabots. D’ailleurs, on sent qu’à certains endroits, l’auteur peine pour donner de la vraisemblance à son récit. Les explications deviennent tortueuses, alambiquées, les déductions du grands commissaire de plus en plus tirées par les cheveux. Le récit fait des acrobaties pour accréditer l’idée que le 14ème arrondissement de Paris pourrait être ravagé par le « fléau de Dieu », et n’y parvient pas. D’ailleurs, sans vouloir spoiler, le dénouement sonne comme un aveu d’échec.

 

Sur la forme, les phrases sont abruptes, courtes, les termes familiers, « flics », « type », « gueule », abondent, ce qui n’est pas gênant en soi mais donne une impression de modernité qui cohabite mal avec les prophéties millénaristes, le lexique moyenâgeux (approximatif d’ailleurs, en gros on met des « z » partout, « qualitez », « humiditez »), les citations latines pompeuses. Les clichés sont nombreux, les expressions stéréotypées "Mort Noire", "fléau de Dieu", sont rabâchées ad nauseam. On a l’impression que Vargas hésite entre le polar contemporain et le roman gothique ésotérique, pour aboutir à une caricature de l’un et de l’autre.

 

Pour ce qui est du cadre, la description du XIVème arrondissement de Paris (quartier Edgar Quinet) relève plus du Paris fantasmé du touriste américain que de celui où vous et moi faisons nos courses. D’où un certain décalage : les bacilles pesteux s’égaient dans une ambiance genre « Amélie Poulain ». Ce contraste – délibéré ou non - m’a vite exaspérée.

 

Enfin le personnage récurrent de Fred Vargas, le commissaire Adamsberg, m’a semblé inconsistant. Aucun des clichés de l’enquêteur contemporain ne nous est épargné ; anti-héros solitaire, ombrageux, (mais un coeur tendre se cache sous sa carapace bourrue bien sûr), et toujours la sentence percutante au bout de la langue « je me demande si, à force d’être flic, je ne deviens pas flic ». 
 

Au total, je me suis ennuyée, impatientée, Fred Vargas restera une déception... (Je m’excuse d’avance auprès des fans, et je vais faire acte de pénitence sur le champ en allant lire une bonne daube, ça tombe bien, les Harlequinades 2009 viennent de commencer !)

 

Sur la blogosphère, les avis plus enthousiastes de Yueyin et de Kalistina.

Pars vite et reviens tard, Fred Vargas, J'ai lu, 347 pages.

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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 18:45

Lassés par la médiocrité de l’actualité littéraire, fatigués des supermarchés du livre, agacés par la critique littéraire servile, un libraire et une mécène idéalistes s’associent pour créer une petite librairie où ne se vendront que de bons romans, que des chefs-d’œuvre, que les romans passionnants, les romans « nécessaires », les bons romans, ceux dont on ne parle pas. Pour nourrir ce projet utopiste, ils rassemblent un comité de 8 écrivains triés sur le volet, chargés de sélectionner chacun 600 titres de bons romans, le tout constituant le fonds de départ de la librairie. Contre toute attente, Au bon roman rencontre un franc succès, les ventes décollent, le Tout-Paris s’enflamme, et c’est alors que les problèmes commencent. Menaces, agressions, apparemment la démarche dérange. Mais l'ennemi reste invisible. 
 

Je découvre cet auteur, mais je sens que je vais faire une razzia sur ce qu’elle a écrit auparavant. Une découverte très réjouissante. J’ai trouvé l’idée de départ à la fois très originale et en même temps évidente. L’intrigue a un petit côté conte philosophique où se mêlent les codes du roman policier.

 

Sur le fond, l’articulation entre le récit à suspense (qui s’en prend au Bon Roman ?) et le débat littéraire est très réussie. Car l’histoire est l’occasion d’une plaidoirie ; pour ou contre l’élitisme, la sélection, l'exigence. Entre d’un côté les tenants de la littérature soit-disant populaire, du relativisme en matière de goût littéraire, qui dénoncent un snobisme bourgeois, et de l’autre les militants du Bon roman, de la qualité, du rêve, du style, on ferraille dur et c’est passionnant. Au passage, les blogs littéraires prennent vigoureusement part à la polémique (dans quel camp, à votre avis ?), c’est assez amusant.

 

Sur la forme, j’ai été un peu agacée par l’intrusion d’un personnage qui parle à la première personne à partir du milieu du roman, et dont on découvre finalement l’identité sans que ça apporte grand-chose à l’histoire. Une fioriture inutile à mon avis qui nous distrait de l’essentiel, on aurait pu s’en passer. Mais c’est un détail et pour le reste, le roman est passionnant de bout en bout, servi par une langue fluide, précise, agréable.

 

Un bon roman, mais qui ne figurerait sans doute pas sur les étagères sur Bon Roman, qu’en pensez-vous ?

 

A l’instar d’autres, j’ai commencé ma liste de 600 bons romans, je plafonne péniblement à 150 pour le moment... Je ne suis pas prête d’ouvrir ma librairie ! En attendant je vais aller explorer les autres livres de L. Cossé.

Au bon roman, Laurence Cossé, Editions Gallimard, janvier 2009,
496 pages.

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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 23:40

1942, un sous-marin allemand croise au large de la Martinique, traquant les bâtiments américains qui viennent d’entrer dans le conflit mondial. A bord, l’Oberleutnant von La Rochelle est gravement malade, à tel point qu'il est débarqué sur la côte martiniquaise aux bons soins des autorités françaises (vichystes) pour y retrouver la santé. 
 

La Rochelle appartient à l'aristocratie allemande. Comme son nom le laisse deviner, il descend d’une famille de huguenots français qui ont fui le pays lors de la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV en 1685. C’est donc un officier plutôt francophile mais très imprégné des théories nazies  qui débarque moribond au dispensaire.

 

Déterminé à frayer le moins possible avec l’ennemi français et surtout avec la population noire, La Rochelle n’est pas préparé à l’ambiance détendue et lascive qui l’attend pour sa convalescence sous les cocotiers.  Entre langueur, chaleur et sensualité, l’univers et les convictions de l’officier allemand basculent peu à peu, alors que la guerre se rapproche et que le sous-marin ne tarde pas à refaire surface.

 
Un roman court, émouvant et déroutant. Déroutant parce qu'on est en pleine guerre mondiale, et qu'en même temps on se sent très loin de la guerre. Le climat tropical, la moiteur, la douceur de vivre, tout concourt à donner l'impression d'un conflit irréel. 
Emouvant parce que ce roman est aussi celui de la transformation morale d'un jeune soldat au départ exalté, raciste et violent - et ce en dépit du fait que, de leur côté, les habitants de l'île sont loin d'être tous des anges pétris d'humanisme et de tolérance. Car c'est aussi l'une des qualités de ce récit que d'échapper à un manichéisme facile. L'auteur restitue pleinement - et avec humour - la complexité des personnages et offre une vraie réflexion sur les raisons qui peuvent pousser un homme à se laisser endoctriner.

Un roman plein d'espoir sur les facultés qu'ont les hommes d'évoluer et de se comprendre, même quand ils partent de très loin.

Les vacances de l'Oberleutnant von La Rochelle, Gilles Perrault, Livre de Poche, 222 pages

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 22:39

Les charmes (discrets) de la vie familiale sont mis en scène avec humour dans cette chronique d'une cohabitation forcée entre la narratrice et le reste de sa famille. Alors qu'elle vient de s'installer à Bruxelles avec son mari, Rachel voit débarquer son fils, puis son père, puis sa tante, puis sa soeur, puis son frère..., lesquels s'installent durablement sous son toit pour des raisons diverses. Ces braves gens sont bien entendu tous plus insupportables les uns que les autres, en dépit de leurs innombrables qualités. La palme revient au chien Gaspard, modèle de l'affreux clébard.

Face à la tornade familiale, Rachel fait front, bravement. Les péripéties de l'installation sont l'occasion de nombreux gags, où le sens de l'humour de la narratrice fait merveille. Du père universitaire dans la lune à la soeur carriériste et dépressive, en passant par le fils adolescent tourmenté ou la tante farfelue, ils sont impayables et vagabondent avec bonheur dans la capitale belge. Mais derrière la comédie familiale il plane des silences; même les familles les plus unies peuvent abriter à leur insu secrets et malentendus, ce dont Rachel va faire l'amère expérience.

Un vrai moment de plaisir grâce à ce roman, que j'ai relu plusieurs fois tant il me remonte le moral. Au fil du récit, la tribu bruxelloise s'étend, car Rachel a le talent de se faire des amis encore plus déjantés que sa famille. Qu'on aimerait les rencontrer dans la vraie vie, ces personnages ! se dit-on à la lecture du livre, avant de réaliser qu'ils sont autour de nous mais que nous avons peut-être perdu la faculté de les voir.

Le talent de l'auteur, c'est ce regard particulier qui lui permet de créer des personnages authentiques et crédibles, en dépit de leur excentricité. Et ce qui vaut pour les personnages vaut aussi pour les lieux. Alors qu'il est de bon ton de dépeindre Bruxelles comme une ville grise, froide, bureaucratique, là encore, l'auteur se démarque, et nous communique l'atmosphère sympathique de cette ville dont les "tares" avérées (urbanisme sauvage, voirie suspecte, climat peu engageant...) sont autant d'éléments rigolos et qui renvoient d'ailleurs à la bizarrerie de nos héros.

Pour un autre roman d'Isabelle Hausser sur ce blog, cliquez ici.


Une comédie familiale, Isabelle Hausser, Livre de Poche, 441 pages.

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 09:15


Voici un petit bijou, fort divertissant par des dimanches pluvieux, j'ai nommé les Usages du monde. Règles de savoir-vivre dans la société moderne de la Baronne Staffe, publié en 1889, et réédité chez Tallandier. Un manuel de bonnes manières comme le XIXème siècle les appréciait, tout terrain pour faire face dans chaque circonstances; la naissance, le mariage, le deuil, les visites, les voyages, la correspondance, la conversation, rien n'échappe à l'oeil sévère de Mme la Baronne (laquelle n'était pas plus baronne que moi en réalité, mais déjà à l'époque, il fallait un nom pour faire vendre!). Le tout nous est servi dans un style délicieusement désuet, on se régale!

Ne cherchez pas forcément ici de quoi briller dans les salons d'aujourd'hui. "Comment aller aux eaux", "le cérémonial du mouchoir de poche", il sera difficile de recaser finement tout ça lors de votre prochaine sortie en ville. Et que dire des modèles de correspondance dont on ne saurait se passer : écrire au Président de la République, au Roi, au Pape, mais aussi au Préfet ou à un Maréchal de France. Pour autant, tout n'est pas obsolète, loin s'en faut. Et puis il est toujours bon de réviser un peu les règles d'un bon plan de table, ou l'art de se servir d'un couteau à poisson.

La Baronne se veut très à la page et entend moderniser le cérémonial : "contemporains de la vapeur et de l'électricité, nous ne pouvons avoir les lentes et majestueuses façons du siècle des perruques; la galanterie filandreuse, les compliments longuets du siècle de la poudre ne sont pas davantage à notre portée". Certes, mais cela n'exclut pas la rigueur, notamment en vers les femmes et les jeunes filles à marier. Soit dit en passant, l'intransigeance de la Baronne en dit long sur les transgressions dont elle est sans doute témoin. Font également l'objet de délicats arbitrages le cas des vieilles filles, des mariages mixtes, ou encore cette  question ô combien épineuse : quand une femme et un homme montent ou descendent ensemble un escalier, qui passe devant et pourquoi? (hein, d'après vous ?)

Frédéric Rouvillois rappelle dans la préface que la Révolution française a marqué une rupture dans l'histoire de la politesse. Après une volonté de table-rase et d'égalitarisme forcené, le XIXème siècle sonne le retour d'un savoir-vivre pointilleux, bien plus exigeant en réalité que celui du "siècle des perruques". La bourgeoisie industrielle qui émerge à cette époque tient à se faire une place dans le meilleur monde, celui où les aristocrates donnent encore le ton. D'où le pseudonyme destiné à asseoir la crédibilité de l'auteur. C'est à cette clientèle que la Baronne Staffe s'adresse : ne pas commettre d'impair, surtout éviter le ridicule, tel est l'enjeu.

A lire également l'Histoire de la politesse, du même Frédéric Rouvillois, qui nous promène avec humour (et érudition! ) à travers les règles de la bienséance et leur transformation, traduction des guerres et des mutations sociales. Une façon d'approfondir un thème qui n'a que l'apparence de la frivolité. Alors sortez le thé, les belles tasses de la grand-mère, les petits gâteaux, et bonne lecture!

Usages du monde. Règles du savoir-vivre dans la société moderne, Baronne Staffe, éditions Tallandier, coll. Texto, 2007, 328pg.

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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 18:36

 

Agnès vit à Bruxelles avec son mari et ses jumeaux adolescents, Suzanne et Etienne. Un matin, un coup de fil lui apprend brutalement la mort de sa fille aînée Elisabeth (née d’un premier mariage) et de son gendre, tués sur le coup dans un accident de voiture. Bouleversée, Agnès quitte tout pour se rendre en Allemagne où vivait sa fille. En dépit du drame, il faut faire face, s’occuper des deux enfants en bas âge d’Elisabeth, organiser les funérailles, trier les papiers, vendre la maison du couple. Agnès se plonge à corps perdu dans ces tâches pour oublier son deuil, mais ce qu’elle découvre alors de la réalité de la vie de sa fille n’est pas de nature à lui apporter la paix. Au fil de ses recherches, Agnès va de surprises en stupéfactions, et redécouvre une jeune femme inconnue, sa propre fille, dont la mort renferme comme un message laissé à son intention.

Un très beau roman. Le sujet du deuil peut rebuter, mais il faut aller au-delà de cette appréhension. Isabelle Hausser sait parler de tout, du deuil avec légèreté, comme de la joie avec gravité. Jamais de pesanteur ou de pathos inutile dans ce livre. Si le drame éclate comme un coup de tonnerre dès les premières pages, on ne s’y enlise pas. Pas plus qu’on ne s’appesantit sur les clichés de la relation mère-fille. Car Agnès est auteur de roman policier. Et son instinct de détective va prendre le dessus, à la vue des zones d’ombre de la vie de sa fille. Une façon pour elle de surmonter le chagrin. Et pour l’auteur de capter l’attention du lecteur jusqu’au dénouement.

L’humour n’est pas absent non plus. Isabelle Hausser possède un solide sens du cocasse et le talent d’insérer facilement ces moments drôles en dépit de la gravité du sujet. S’y ajoutent une écriture limpide et poétique, des personnages très travaillés auxquels on s’attache, notamment le petit Fabian âgé de cinq ans, dont les réflexions enfantines mais jamais puériles donnent au livre un charme supplémentaire.

Isabelle Hausser fait partie de ces écrivains dont on ne parle pas assez ! La Table des enfants est - à mon avis - sa grande réussite. Elle a obtenu le prix Giono en 2001 et le Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2002 pour ce roman.

Vous trouverez bientôt ici d’autres billets consacrés à ses principaux romans, notamment Une comédie familiale, La chambre sourde, et Le Passage des Ombres.

Pour ceux qui s’intéressent à l’écriture et au métier d’écrivain, Isabelle Hausser a donné une conférence sur le sujet en 2002, que vous pouvez retrouver en cliquant ici.

Bonne lecture !

Isabelle Hausser, La Table des enfants, Livre de Poche, 569 pages.

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 20:02

En 1999, la narratrice est contactée par le Musée Beaubourg et apprend qu’un tableau appartenant à sa famille, volé par les nazis en 1942, doit lui être restitué. Il s’agit de La plage de Trouville de Jacques Mauny, peint en 1922. Mais pour pouvoir rentrer en sa possession, elle devra prouver l’appartenance de la toile à sa famille. Or la narratrice ne sait presque rien de cette famille, un passé dont elle a été tenue à l’écart. Aucun papier, aucune photo n’a subsisté, et les derniers témoins, y compris sa mère, sont morts.

 Afin de retracer le parcours du tableau volé, la narratrice se plonge alors dans l’histoire de sa grand-mère, de son arrière-grand-mère, de son arrière-arrière grand-mère, et redécouvre une saga familiale sur cinq générations.

 Je le dis tout de suite : j’ai adoré. L'auteur a un vrai talent pour nous entraîner à sa suite et nous conter l’ascension sociale de cette famille juive de l’Est de la France de 1834 à nos jours, à travers la débâcle de 1870, la Grande Guerre, les années folles etc., mêlant les témoignages et la fiction afin de reconstituer le roman familial. Ce qui rend le roman si vivant, ce sont surtout les personnalités de ces cinq femmes d’exception - incarnant chacune une génération - que la narratrice met en scène successivement et dont l’une détient la clé de l’énigme du tableau de Mauny.

 Pourquoi ce roman passionnant a-t-il si peu fait parler de lui lors de sa sortie début 2008? Je l’ai acheté par hasard, attirée par une reproduction du tableau sur le bandeau de l’éditeur. En le refermant deux jours plus tard, enthousiaste, j’ai pensé que je tenais forcément LE roman dont tout le monde allait parler. Confiante dans mon flair légendaire (!), j’ai attendu… et j’ai pas vu venir grand-chose.

 Dommage. En tout cas, ce roman restera un de mes meilleurs souvenirs de lecture de l’année, c’est pourquoi je voulais le recommander et qu’il en reste une trace ici, puisque je ne crois pas en avoir vu ailleurs.

Bonne lecture!!

 
La Plage de Trouville, Carole Achache, Stock, 356 pg.

 

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En passant

04/04 

 

En ce moment, je lis en anglais.

 

L'avantage, c'est qu'en langue étrangère, je lis plus lentement, donc j'en profite plus longtemps!

 

:-)

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Affligé d'une mémoire de poisson rouge et aussi d'un bon coup de fourchette, l'auteur tente par ce blog d'atteindre un double objectif ; garder une trace de ses lectures et répondre à la question quotidienne "qu'est-ce qu'on va bien pouvoir manger ce soir?" Aucun rapport, dites-vous? Effectivement...