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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 08:01

gaboriauVincent Favoral est un riche banquier qui a bâti sa fortune seul. Un homme d'habitudes et de confiance. Lui et sa famille incarnent la réussite de la bourgeoisie du Second Empire. Un soir, le tonnerre s'abat sur eux quand Favoral est accusé de détournement de fonds par son associé, le Baron de Thaller, au cours d'un dîner qui tourne mal. Favoral s'enfuit, la police enquête et il apparait rapidement que ce qui semblait n'être qu'une simple histoire de malversations  se révèle une vaste machination dont l'argent n'est pas l'enjeu. Un complot dont Favoral n'est peut-être qu'une victime parmi d'autres. Chantage, tentatives de meurtre, un secret de famille qui surgit du passé,  tous les ingrédients sont là pour une grande fresque policière avec pour toile de fond l'Empire finissant, la guerre de 1870, la Commune, le siège de Paris...
 

Emile Gaboriau fait partie des pères du roman policier. Précurseur de Gaston Leroux et de Conan Doyle, il publie ses premiers romans à partir de 1860. La série de l’inspecteur Lecoq est la plus connue, avec Le dossier 113, L’Affaire Lerouge, ou encore Le crime d’Orcival. Ce roman-ci, L’argent des autres, l’est beaucoup moins. Paru en feuilleton à partir de 1874, soit un an après la mort de l’auteur, il est aujourd’hui réédité par les éditions du Masque.

 

C’est un pur hasard qui m’a fait découvrir cet auteur (il était en présentoir chez V…, j’ai trouvé la couverture jolie. A quoi ça tient!). J’ai eu la main heureuse. Le sujet rappelle L’argent de Zola, mais le traitement est différent. D'abord parce que l'intrigue financière -  centrale dans la 1ère partie - passe complètement au second  plan dans la deuxième au profit d'une affaire de moeurs et de famille, dans la veine des romans-feuilletons de l'époque. Ce qui ravive l'intérêt du lecteur en évitant de l'enliser dans les descriptions des arcanes de la Bourse (que Zola ne nous épargne pas dans L'argent). Différent aussi parce que bien plus nuancé. Le personnage du banquier est énigmatique. Est-il ou non cet homme d’affaires sans scrupule ou la victime d’une manipulation ? D'autres personnages partagent cette ambivalence comme Césarine, la fille du baron de Thaller ou encore le fils Favoral, Maxence.
 

Comme souvent dans les romans de ce temps, le récit foisonne de personnages secondaires très travaillés. Il offre un panorama complet de la société du Second Empire : la petite bourgeoisie d’affaires, les grands bourgeois nouveaux riches, les aristocrates ruinés (mais dignes, bien entendu), les petites couturières qui tutoient la misère, les hôtels garnis, les restaurants à cocottes, les hôtels particuliers, les promenades au Bois (on ne précise même pas « de Boulogne », enfin, voyons).

 

D’un point de vue historique, l’intérêt du roman réside dans la description des événements liés à la chute de l’Empire, le siège de Paris, les débuts de la Commune, mais sous un angle quotidien, une simple péripétie à la périphérie de l’intrigue policière qui, en faisant basculer des situations, va entraîner la survenue du désastre pour Favoral. Ce regard « en biais » sur l’Histoire révèle beaucoup de détails surprenants. Enfin, j'ai été frappée par l’actualité de ce récit d’une escroquerie dévoilée à la faveur d’une crise économique et cette description d'un aventurier de la finance qui ruine des milliers d'épargnants éblouis par l'argent facile. La dénonciation prend des accents  contemporains :

" Quoi! fit-il d'un ton d'écrasante ironie, c'est ce soir seulement que vous découvrez que je spéculais? Où donc pensiez-vous que je prenais l'énorme intérêt que je vous sers depuis des années? Où avez-vous vu l'argent honnête, l'argent du travail donner 12 ou 14%? L'argent qui rapporte cela, c'est l'argent du tapis vert, c'est l'argent de la Bourse. Pourquoi m'avez-vous apporté vos fonds? Parce que vous étiez persuadés que je saurais bien tenir les cartes. Ah! Si je vous annonçais que j'ai doublé vos capitaux, vous ne me demanderiez pas comment je m'y suis pris, ni si je n'ai pas fait sauter la coupe. Vous empocheriez vertueusement. J'ai perdu, je suis un voleur... Eh bien! soit, mais alors, vous êtes mes complices."

 

Dans l’ensemble j’ai trouvé le roman bien construit, admirablement écrit, fertile en rebondissements - parfois un peu improbables - propres au genre du roman feuilleton. Le tout laisse une impression très théâtrale qui rappelle les vaudevilles en vogue à la même époque. Une découverte que je vous recommande ! 
 

L’argent des autres, Emile Gaboriau, 1874 pour la 1ère édition, Editions du Masque novembre 2009, 508 pages.

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commentaires

D

Merci pour cet avis! J'ai déjà vu le nom de cet auteur; il est bon de savoir que sa lecture en vaut la peine.


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D

oui, j'ai l'impression qu'il est un peu tombé aux oubliettes au profit d'autres auteurs de romans policiers plus modernes.


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