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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 21:35

Lorsque le jeune dandy Ryno de Marigny tombe fou amoureux de Melle Hermangarde de Polastron, le faubourg Saint-Germain s'émeut. Ryno, ce débauché, cet homme perdu par tous les vices, qui traîne depuis 10 ans une scandaleuse liaison avec sa vieille maitresse espagnole, l'ensorcelante Vellini, cet homme peut-il prétendre à la main d'une jeune fille pure comme Hermangarde, fine fleur de l'aristocratie parisienne? Personne ne veut de ce mariage, sauf Mme de Flers, grand-mère bienveillante d'Hermangarde. Car Ryno semble s'être assagi, il quitte avec fracas Vellini pour ne se consacrer qu'à son amour. Le mariage est donc célébré en grande pompe. Si les femmes s'attendrissent de voir l'inclination couronnée par le bonheur conjugal, les hommes prennent les paris sur la longévité de cette union. Vellini lâchera-t-elle sa proie?

Il faut aimer le style de Barbey d'Aurevilly. Il en fait des tonnes, et c'est d'ailleurs ce qui lui fut reproché, entre autre, à l'époque. Il ne craint personne pour peindre les égarements de la passion. Serments scellés par échange de sang, fièvres, évanouissements, hurlements, magie noire, délires et hallucinations, nous sommes loin de l'ambiance feutrée des romans de certains de ses contemporains. Flirtant souvent avec le fantastique, Barbey nous offre dans la deuxième partie du roman une peinture sauvage et superbe de sa normandie natale, après un portrait au vitriol de la vie parisienne dans sa première partie. Le contraste entre les deux univers est très efficace et contribue à la force du roman. L'écriture est extrêmement riche, voire chargée, le style flamboyant, la métaphore omniprésente. Le ton de Barbey ne ressemble à aucun autre, vous serez fascinés ou exaspérés, mais certainement pas indifférents.

Le politique pointe également souvent derrière le romancier. Barbey est un "réactionnaire", au sens de cette époque. Il méprise profondément son siècle et ses contemporains en tant qu'héritiers de cette Révolution qu'il vomit à chaque page. Il pleure l'aristocratie défunte, son faste, son élégance mais aussi sa liberté de ton, son libertinage, face à un XIXème siècle qu'il juge bigot, moralisateur et hypocrite, bas de plafond. Sa vision du monde, quelque peu binaire, peut parfois faire sourire, mais elle est intéressante en ce qu'elle offre un point de vue différent. Barbey est du mauvais côté de l'Histoire, du coté des perdants, mais il l'est avec panache.

Si vous ne connaissez pas cet auteur, je vous recommande certaines des nouvelles du recueil Les Diaboliques. Fashion a chroniqué l'une d'entre elles, Le Bonheur dans le crime.

En conclusion, tout ceci m'a donné furieusement envie de voir le film réalisé par Catherine Breillat, sorti en 2007. Quelqu'un l'a vu?

Un autre avis sur ce roman chez La lettrine.

Une vieille maîtresse, Jules Barbey d'Aurevilly, GF, 445 pages.

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commentaires

T

Intéressante critique, je partage ton analyse de ce livre qui pour ma part m'a séduite bien plus que les nouvelles du même auteur. Quant au film, je l'ai vu: les acteurs sont impeccables (notamment
Asia Argento dans le rôle de Vellini, mais j'avoue un faible pour cette actrice) et leur jeu est le pendant cinématographique du style du roman. De la démesure, du flamboyant, de la fureur, on est
loin de toute retenue...parfois presque trop, comme la plupart des films de Breillat celui-ci flirte parfois avec le malsain. Si tu l'as vu, qu'en as-tu pensé?


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D


Ce film me tente et m'intrigue en même temps. Heureusement les fêtes de fin d'année arrivent, je vais le mettre dans ma liste au Père Noël!



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