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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 22:50

La Foire aux Vanités nous conte l’ascension irrésistible d’une jeune femme ambitieuse, issue d’un milieu très modeste, mais dotée d’une indomptable rage de parvenir.

Becky Sharp est ravissante, élégante, cultivée et spirituelle. Mais l’ange cache un esprit sans scrupule, prêt à toutes les bassesses pour s’assurer une position dans le grand monde, usant de chacun comme d'un marchepied. Sur fond de guerres napoléoniennes, Becky se forge un destin hors du commun, jusqu'à en perdre toute prudence.

Une véritable saga sur plus de 1000 pages, mais qui se lit avec gourmandise. Plusieurs histoires s'imbriquent les unes dans les autres, ce qui évite la monotonie d'un récit linéaire. Quant au narrateur, au détour des péripéties, il converse à bâtons rompus avec son lecteur; il lui demande son avis sur le déroulement des événements, donne le sien, propose des variantes, se moque, le mène parfois en bateau, bref, le divertit, avec toujours ce petit ton impertinent, railleur qui est la marque de fabrique de Thackeray et qui fait de ce récit en apparence nonchalant un réquisitoire cruel contre la haute société britannique du début du XIXème. Cet humour acide m'a enchantée.

 

Car l'objet du livre n'est pas simplement de condamner l'immoralité d'une aventurière, mais de démontrer qu’elle n’est que le pur produit de son environnement, qu'elle piétine la morale parce que cette société ne respecte que ça, qu'enfin ses victimes n’ont pas volé leur sort. Cette femme n’est pas plus dépravée que ses contemporains, elle est simplement plus intelligente, plus agile, et réussit là où ils ont échoué par bêtise, par fatuité, par frivolité. 

 

En cela, la dégringolade finale de Becky (et le triomphe de son opposée, l’angélique et un peu nunuche Emmy) sonne faux. A la façon dont Thackeray pointe les mesquineries des uns, la veulerie des autres, on sent qu'à ses yeux, une telle société ne peut que porter au pinacle les Becky Sharp et broyer les Emmy - inexorablement - et que ce n’est que par complaisance envers les lecteurs frileux de son temps qu’il nous fait la grâce de renvoyer Becky à son indignité première. La "morale" est sauve, mais qui est dupe? 

  

En conclusion, je suis plus que ravie d'avoir découvert ce roman qui, plutôt long à lire, est devenu au fil des semaines un compagnon familier, rassurant et indispensable. Le genre de roman qui, par sa profusion de personnages, d'intrigues, de peintures historiques, vous donne l'impression de transporter le monde dans votre poche, partout où vous allez. Le genre de roman qui vous sauve de l'ennui toujours et partout. Le genre de roman qui aura toujours quelque chose de nouveau à vous apprendre, même au bout de la dixième relecture.

Un grand, un vrai.

La foire aux Vanités, William Makepeace Thackeray, Folio Gallimard, 1041 pages

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commentaires

E

Ce roman me tente vraiment mais 1040 pages cela fait vraiment beaucoup!


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D

c'est vrai que c'est énorme. Le mieux, c'est de le lire à petit rythme, quitte à avoir d'autres lectures en parallèle pour changer. :-)


H

Je fonce le lire dès que jel'ai trouvé... Tu m'as donné terriblement envie! Merci!!!


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D


de rien, j'espère que ça te plaira autant qu'à moi.



K

Je l'ai lu (et aimé) deux fois, une en français, une en VO.
Sais tu qu'il existe un film un peu Bollywood? A voir!


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D

une version Bollywood?! Ca doit être particulier! Je vais regarder ça. Merci de l'info :)


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