Victoire et Henry sont mariés depuis 20 ans. Ils évoluent dans les milieux de la grande bourgeoisie, elle, de souche
aristocratique, lui, brillant haut fonctionnaire préparant son entrée en politique. Dans ce couple apparemment sans histoire, un beau jour l’harmonie vole en éclat. Henry trompe Victoire,
discrètement d’abord, puis de façon de plus en plus ostensible et humiliante.
Pour ce roman, déception est le mot qui domine. Je l’ai refermé avec dépit après une alléchante critique qui annonçait une peinture sociale cruelle mais juste de la "bonne" société versaillaise, loin des clichés habituels. En réalité, ces derniers ne manquent pas et donnent au récit un ton stéréotypé, préfabriqué, peu crédible. La bourgeoisie vue par une lectrice de Point de vue un peu snob.
La thèse du livre (un brin caricatural) d’un milieu huppé donc forcément dépravé et cynique, s’épuise vite à force de répétitions. Quant à l'histoire, malgré de longs passages introspectifs, je n'ai pas réussi à m'émouvoir du désespoir de Victoire et du naufrage de son couple, tellement le cadre et surtout les personnages manquaient de consistance. Campés sans finesse, ces derniers illustrent tous les lieux communs les plus éculés sur la bourgeoisie ; l’énarque aux dents longues, le fils à papa rebelle, l’executive woman BCBG et glaciale, etc. Mention spéciale pour l’aristocratique aïeule du clan versaillais, agrippée aux apparences, qui assène sans rire à Victoire : « le drame antique de la femme trompée, voilà ton héritage ». On croirait à du second degré, mais non.
Le décor est planté sans surprise entre Versailles et le 7ème arrondissement, et sa crédibilité repose en bonne partie sur un intense effort de name-dropping de
marques diverses: Ralph Lauren, Hermès, Blackberry, Burberry…, comme autant de clins d’œil gratuits aux initiés, et qui alourdissent la lecture. Ceci étant, le souci de vraisemblance
s’arrête là et laisse la place à de curieux paradoxes. Ainsi Victoire, qui nous est décrite vingt fois comme la fine fleur de l’aristocratie bien élevée, s’exprime-t-elle tout au long du
roman comme une poissonnière, toujours l’argot et l’insulte à la bouche, ça m'a gênée pour ne pas dire plus.
Sur la forme, l’auteur a tenu à tarabiscoter l’écriture, déconstruire le texte, sans vraie raison apparente, de peur sans doute que le fond ne se suffise pas à lui-même. Ainsi le récit principal est-il parasité par l’irruption d’un récit secondaire, évocation en italique de vagues souvenirs familiaux dont la pertinence m’a échappé. S’y ajoutent d’autres intrusions comme des extraits de répondeur téléphonique, ou de texto du genre « C moi, T où ? » plutôt incongrus. Enfin, le récit est noyé sous une ponctuation fantaisiste, avalanche de points de suspension, parfois 10 fois par page, et style indirect libre omniprésent, ce qui fatigue passablement le lecteur. N'est pas Céline qui veut.
J’ai d’autant plus regretté ces maladresses que l’histoire est intéressante sur le fond. Il y a même des moments magiques dans ce roman, où le ton est juste et où le lecteur se prend à se passionner pour l'héroïne. La scène de la réception au Château de Versailles, à cet égard, est un morceau de bravoure. Rythmé, coloré, tragique et drôle à la fois, cet épisode est un petit régal, mais qui ne suffit pas à sauver l’histoire dont la fin m’a parue abrupte, décourageante et incompréhensible.
En conclusion, j'ai l'impression d'être passée complètement à côté de ce roman
et de cet écrivain, largement salué par la critique, et qui semble bien marcher sur internet; il existe même un blog qui lui est exclusivement
consacré.
L'avis de Clarabel, moyennement emballée.
La femme blessée, Caroline Pascal, Editions Plon, 257 pages.
Ingrédients, pour 4 personnes:
Lorsque le jeune dandy Ryno de Marigny tombe fou amoureux de Melle Hermangarde de Polastron, le
faubourg Saint-Germain s'émeut. Ryno, ce débauché, cet homme perdu par tous les vices, qui traîne depuis 10 ans une scandaleuse liaison avec sa vieille maitresse espagnole,
l'ensorcelante Vellini, cet homme peut-il prétendre à la main d'une jeune fille pure comme Hermangarde, fine fleur de l'aristocratie parisienne? Personne ne veut de ce mariage, sauf Mme de
Flers, grand-mère bienveillante d'Hermangarde. Car Ryno semble s'être assagi, il quitte avec fracas Vellini pour ne se consacrer qu'à son amour. Le mariage est donc célébré en grande pompe. Si
les femmes s'attendrissent de voir l'inclination couronnée par le bonheur conjugal, les hommes prennent les paris sur la longévité de cette union. Vellini lâchera-t-elle sa proie?
Ingrédients, pour 3 personnes:
Si ce n'est pas encore fait, il vous reste jusqu'à demain soir minuit pour lire, et donner votre top 3 des
meilleurs billets Harlequin de l'été. La récap' de tous les billets se trouve